Dans les mâchoires du chacal
Article mis en ligne le 10 novembre 2013
dernière modification le 12 novembre 2013

par la rédaction
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Pour saisir l’ampleur de la désinformation que l’armée de la France en guerre fait diffuser par les médias privés d’accès sur le terrain, il est indispensable de lire le petit livre de Gael Baryin. Auteur, photographe, calligraphe, grand voyageur, amoureux de l’Afrique et de ses cultures. Il a appris la langue tamasheq, pour mieux comprendre ses amis touaregs de la région de Kidal, qu’il fréquente depuis 1978.

Gael Baryin fait d’abord quelques rappels historiques sur le peuple touareg. Cette population a été victime, comme tous les peuples d’Afrique, des colonisateurs qui ont découpé leur territoire sans tenir compte de leur culture. Après la décolonisation, elle a aussi été victime des gouvernements mis en place par la France. Les militaires ont réprimé dans le sang les révoltes des nomades qui se heurtaient au développement des terres agricoles, puis à l’exploitation des richesses sur sous-sol.

Déjà, en 1968, année durant la­quelle je travaillais à la télévision de Niamey, un géographe français était venu exposer les difficultés de survie du peuple touareg.
Les grandes sécheresses du Sahel des années 1973-1976, puis 1982-1985, ont attiré des dons de la communauté internationale attendrie par les images diffusées par les médias. Cet argent a surtout enrichi les milieux corrompus de la capitale Bamako, où l’on peut encore voir aujourd’hui les fameuses « villas de la sécheresse » ! Philippe Decraene, éditorialiste au Monde, écrivait : « La sécheresse a été utilisée par le gouvernement du Mali comme une arme contre les Touaregs. »

Gael Baryin découpe son récit de façon poétique. Chaque chapitre est introduit par un mot tamasheq : « tadj­rest », le froid, « ewelan », le feu de la terre, « amekessou », la promesse… Les Touaregs sont très sensibles à la beauté des mots et des objets. Gael Baryin décrit aussi la beauté de leur pays.

Les racines de la guerre déclenchée en 2012 sont expliquées en détail comme « la pensée nomade » difficilement compréhensible par des esprits occidentaux.
« Il faut se mettre à la place de gens qui vivent dans l’un des environnements les plus hostiles de la planète, où ni vous ni moi ne pourrions survivre seuls plus de vingt-quatre heures », note Gael Baryin.

Pour l’avenir de cette région, l’auteur écoute le vieil amenokal Intalla : « Il faut mettre rapidement en place une solution établissant l’autonomie de l’Azawad avant la séparation définitive d’avec le Mali. »

Est-ce que la communauté internationale, plus préoccupée par les richesses en pétrole, gaz et uranium du Sahel que par le bien-être des populations, est prête à accepter le rêve des Touaregs ? On peut en douter quand on voit la violence guerrière avec laquelle les problèmes humains sont traités.

Gael Baryin rapporte une conversation autour du thé avec un ami de Kidal sur le devenir de la société touareg : « Nous sommes entre les mâ­choires du chacal, les uns nous dévorent par le haut et les autres par le bas. Être dévorés par le haut, c’est l’être par le monde arabo-musulman, l’arabisation et l’islamisation radicale. Être dévorés par le bas, c’est l’être par le Sud qui a endossé le modèle occidental. »

Bernard Baissat


Mes amis touaregs en guerre au Nord-Mali, Gael Baryin, Le passager clandestin, mars 2013, 4 euros.

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