Le Don Quichotte de l’Afrique
Article mis en ligne le 29 septembre 2005
dernière modification le 27 octobre 2013

par GY
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François-Xavier Verschave nous a quittés le 29 juin 2005, terrassé par un cancer du pancréas. Économiste de formation, il avait la responsabilité des questions d’emploi et d’innovations sociales dans une commune de la banlieue lyonnaise. Pour les pacifistes, il était le président de l’association Survie (www.survie-France.org) et le pourfendeur de la Françafrique.

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UNE CRUELLE déception et une profonde tristesse se sont emparées de moi, à mon retour du Conseil de l’IRG en Corée du Sud, en apprenant le décès de cet authentique Don Quichotte. N’ayant découvert que très récemment son œuvre et son immense travail, venant juste de finir la lecture de De la Françafrique à la Mafiafrique (69 pages exemplaires de précision, de concision et de clarté, expliquant le réseau mafieux des « républicains » qui organise le pillage de l’Afrique), je me réjouissais à l’idée de l’inviter à Si vis pacem, afin d’en débattre en direct sur Radio Libertaire.

Hélas, cette saloperie de maladie ne nous en a pas laissé le temps. Il reste néanmoins ses livres et les témoignages de tous ses amis de Survie, qui nous disent l’homme droit, curieux, enthousiaste, généreux et honnête qu’était François-Xavier.

Son dernier ouvrage (Négrophobie), travaillé et corrigé malgré le mal, forme un magnifique contre-réquisitoire des alibis racistes, des mensonges flagrants des tenants de la Françafrique et plus particulièrement d’un de leurs porte-parole, Stephen Smith. Des calomnies que nous autres pacifistes connaissons bien et qui consistent à faire apparaître les victimes d’une oppression et celles, ceux qui tentent de s’y opposer, comme les responsables de leurs malheurs. Ainsi, bien sûr : les pacifistes sont cause des guerres, les esclaves se satisfont des maîtres, les prolétaires appauvrissent la production et les Africains, ce ramassis de primitifs fainéants, sont responsables de la pauvreté et du pillage de leur continent...

Nous commençons tous à bien identifier ces chiens de garde du système international, mis en place pour museler toutes les objections de conscience à travers le monde. Ces valets des marchands d’armes (Stephen Smith fut responsable de la rubrique Afrique à Libération, puis au Monde, journaux liés à Lagardère Groupe) empestent à plein nez les thèses de l’extrême droite.

Ils soutiennent les instigateurs de la loi du 23 février 2005 (cf. UP n° 429), voulant redorer le blason d’une République française barbare, en imposant aux historiens et aux instituteurs l’enseignement de prétendus aspects positifs du colonialisme.

Ces nouveaux révisionnistes témoignent du lobbying des chantres de l’occident blanc et chrétien, n’ayant jamais digéré ni la perte de l’Algérie, ni l’émancipation des populations subsahariennes.

Heureusement, ils rencontrent sur le négationnisme des adversaires, trop peu nombreux, tel François-Xavier Verschave. Des individus d’autant plus dangereux par leur connaissance du système, pour y avoir cru un temps. Il avait répondu à l’appel de plusieurs prix Nobel pour lutter contre la faim dans le monde et avait investi son énergie dans cet engagement, avant de découvrir le double langage de la France : d’un côté, se présenter comme la patrie des droits de l’homme et de la défense des opprimés et de l’autre, contribuer à leurs violations ou négation partout dans le monde (principalement dans le « pré carré » africain). Histoire d’une trahison donc...

À partir de 1997, sa participation à Survie débouchera sur La Françafrique (Éditions Stock). Charles Pasqua l’attaquera en procès, réclamant cinq millions de Francs de dommages et intérêts. Il perdra.

En 2000, paru Noir silence (Éditions Les Arènes). Son succès inattendu nécessita plusieurs rééditions. Là encore, procès ! Trois présidents africains l’attaquaient pour « offense » à chef d’État étranger. Il s’agissait de Sassou Ngesso (Congo), Idriss Deby (Tchad) et Omar Bongo (Gabon). Ils furent tous trois déboutés.

Au passage, saluons Politis, un des rares journaux d’informations encore indépendant, et Bernard Langlois, qui couvrit ce procès de sa plume talentueuse. L’honnêteté intellectuelle et militante de Langlois le place au côté d’un Verschave.

À noter que François-Xavier avait abandonné jusqu’au dernier centime de ses droits d’auteur sur ses livres, dont certains tirés à plus de 200 000 exemplaires, au profit de Survie.

Après Noir Chirac et L’envers de la dette (2002) ce sera On peut changer le monde. À la découverte de biens publics mondiaux (avec François Lille), Au mépris des peuples, La santé mondiale entre rackets et biens publics, L’horreur nous pend au visage : la France et le génocide au Rwanda.

Avec Négrophobie, ouvrage collectif avec Boubacar Boris Diop et Odile Tobner, publié aux Éditions Les Arènes, prend fin la bibliographie de Verschave.

L’Union Pacifiste a décidé de mettre à votre disposition pour 3 €, l’indispensable retranscription d’une brillante conférence sur De la Françafrique à la Mafiafrique (Éditions Tribord, 2004).

François-Xavier était un homme de passion et sa lumière ne tarira pas. Elle nous guide dans l’obscurité. Nous abandonnerons la lutte lorsque la paix et la fraternité des peuples auront fait taire à tout jamais la haine belliciste des États.

Pascal Dereudre

Actus



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