Anarchisme, violence, non-violence
Article mis en ligne le 29 septembre 2005
dernière modification le 27 octobre 2013

par GY
Imprimer logo imprimer

AU DÉBUT de cette année 2005, les Éditions du Monde libertaire et les Éditions Alternative libertaire ont réédité en la complétant la brochure de Xavier Bekaert qui est une petite anthologie de la révolution non-violente chez les principaux précurseurs et théoriciens de l’anarchisme, suivie de La Violence dans la révolution, un texte qui a été publié dans Alternative libertaire (Belgique no 212). Le tout dédié à Hem Day.

J’avoue avoir été, au prime abord, déçu par un manque de rigueur dans la correction (« C. Semelon et J. Semelin » au lieu de Ch. Mellon et J. Semelin, erreur répétée deux fois), par l’entêtement de l’auteur à prénommer E. Armand : Émile, mais il n’est pas le premier, ou bien à répéter qu’Alexandre Jacob a inspiré Maurice Leblanc pour créer Arsène Lupin.

Mais très vite, le positif l’a emporté et haut la main, au fur et à mesure de l’avancée dans la lecture.

Tout le monde n’a pas lu, n’a pas le temps ou le goût de le faire, les théoriciens de l’anarchisme. Pourtant, nous aurions tous à y gagner.

Xavier Bekaert l’a fait pour nous et nous a dégagé plein de citations intéressantes qui, pour beaucoup, nous donnent envie de combler nos lacunes littéraires.

Au préalable, il nous donne les définitions de mots comme « violence », « État », « anarchie », « non-violence », il explique ce qu’est l’anarchie, et, bien vite, on arrive au problème de la fin et des moyens, qu’on ne quittera plus.

Suit un petit chapitre sur les différents courants de l’anarchisme avec même un tableau explicatif, chapeau !

Puis viennent quelques pages sur chaque théoricien anarchiste et ça commence avec Max Stirner, Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, la période des attentats, et Errico Malatesta.

GIF - 87.5 ko
anarchisme_non_violence

À ce niveau, on constate déjà que les anars, malgré les apparences et surtout malgré les idées colportées par la propagande adverse, ont toujours été plus portés vers la non-violence que vers l’assassinat. Ceci est assez logique puisque si l’on y réfléchit un peu, la violence, c’est le totalitarisme. Une société libertaire ne peut absolument pas être bâtie sur un système violent, même transitoire. Toujours la fin et les moyens...

L’auteur nous parle ensuite des « anarchistes non-violents » que furent William Godwin, Pierre-Joseph Proudhon et Gaston Leval.

Puis, il salue les « anarchistes rénitents » (qui refusent, qui résistent) que furent Étienne de La Boétie, Henry-David Thoreau, Anselme Bellegarrigue, Léon Tolstoï, Benjamin Tucker, Han Ryner, John-Henry Mackay, E. Armand, Barthélemy de Ligt.

Les citations sont souvent délicieuses, comme la suivante due à Anselme Bellegarrigue (dont on sait peu de chose, y compris dans le Maitron) à propos de la servitude volontaire : « Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Et bien ! vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. »

La conclusion est claire, anarchisme et non-violence peuvent et doivent être associés, sont complémentaires, en raison de la nécessaire adéquation entre la fin et les moyens.

Rien de mystérieux là-dedans, ni de religieux. Le mysticisme de Gandhi, celui de Martin Luther King, et plus près de nous de Lanza Del Vasto ont entouré la non-violence d’un nuage pas très sain, qui a peut-être rebuté plusieurs générations d’anars, et c’est regrettable. Bekaert ne traite pas de l’aspect religieux de la non-violence, c’est moi qui n’ai pas pu m’en empêcher.

Son article : « Violence et Révolution » fouille un peu plus loin dans la philosophie, et il nous cite agréablement Aldous Huxley, Barthélemy de Ligt, Max Weber, avant de répondre à de classiques critiques de la non-violence, mais on ne répète jamais assez ces idées fortes.

Enfin, il évoque « l’arme non-violence » avec sa force psychologique, revient sur la servitude volontaire et la résistance qui s’impose, sans oublier d’enfoncer à nouveau le clou de la fin et des moyens.

En annexe, on trouve une chronologie des exemples historiques de luttes non-violentes au xxe siècle, une bibliographie alléchante et copieuse.

Et tout cela ne tient que dans soixante-quinze pages de petit format.

Voilà une lecture indispensable pour tout militant pacifiste, anarchiste ou pas.

Ce n’est pas parce que certains « non-violents » nous ont traités « de pacifistes bêlants » que nous devons délaisser, négliger, refuser la non-violence comme arme de lutte contre l’oppresseur, qu’il soit intérieur (l’État) ou extérieur (envahisseur étranger).

Eh oui, nos adversaires parlent bien d’ennemi intérieur et extérieur. C’est également notre conviction.

Mais nous avons au moins deux atouts : le nombre et la force psychologique de la non-violence.

À méditer.

Jean-François Amary

Forum
Répondre à cet article

Actus



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.33