Lucien Jacques, artiste pacifiste
Article mis en ligne le 16 février 2014
dernière modification le 9 novembre 2015

par la rédaction
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Lucien Jacques, artiste pacifiste Emission SI VIS PACEM, radio libertaire, 30 janvier 2014

Présentation : Bernard Baissat

L’ASSOCIATION des Amis de Lucien Jacques, artiste peintre pacifiste, a
consacré le numéro 10 de son bulletin d’octobre 2013, à La guerre de 14-18
vue par Lucien Jacques. Jacky Michel, président de l’association, qui a assuré les recherches et la belle mise en pages de ce bulletin, présente ainsi l’ouvrage :

« Les documents inédits (lettres, croquis, aquarelles) présentés dans ce recueil ont été retrouvés en décembre 2010 dans une ferme des Alpes de- Haute-Provence ayant appartenue à Jean Giono…Comme son futur ami Jean Giono, Lucien Jacques sortira de la guerre 14-18 profondément choqué et marqué psychologiquement…

Déjà antimilitariste en 1912, il projette de partir à l’étranger pour se soustraire au service armé (ce qu’il ne réussira pas à faire). Dès sa mobilisation, Lucien Jacques tient un carnet journalier écrit sur des cahiers d’écolier, souvent au crayon gris. Il les transmet, une fois pleins, à ses parents ou amis, ainsi que ses poèmes, dessins et
aquarelles.

Il reprendra ses textes en 1931 pour proposer à un éditeur ses « Carnets de
moleskine ». Il les éditera finalement lui-même dans les célèbres Cahiers du
Contadour en 1936.En 1939, Gallimard réédite dans sa collection blanche
Carnets de moleskine
avec une préface de seize pages de Jean Giono. Cette préface (dans laquelle Jean Giono écrit des pages très virulentes contre la guerre qui
s’annonce) entraînera l’interdiction du livre qui va circuler « sous le manteau. »

Dans ce nouveau bulletin, les lettres, les croquis, les dessins, les bois gravés, les aquarelles, les récits, les poèmes et même les chansons, admirablement mis en pages, constituent un ensemble indispensable pour mieux connaître cet artiste qui a défendu jusqu’à sa mort le pacifisme intégral.

Pour faire comprendre la sensibilité de Lucien Jacques, voici un poème écrit sur le front, à Troyon, le 28 octobre 1914. Après avoir observé le cadavre « affreusement décomposé » d’un sergent allemand retiré de la Meuse, il fait un croquis puis écrit :

Le Noyé

À ceux de mon escouade/
Le noyé qui gît là dans l’herbe de la berge,/
n’ayant plus rien d’humain qu’une main non rongée/
où luit un anneau d’or,/
poussé du pied par vous avec haine et dégoût/
ainsi que la charogne d’une bête mauvaise,/
parce qu’il est vêtu d’un dolman ennemi/
était pourtant un homme – un homme –/
un tout jeune homme/
nourri d’air, de soleil, d’amour, tout comme vous./
Peut-être que chez lui vivait sa douce mère,/
sûrement son épouse, peut-être des enfants !/
Songez, quelle agonie angoissée loin des siens/
il dut avoir, blessé, dans l’ombre de la nuit/
et l’eau froide et profonde./
Qu’une pensée humaine au moins soit son linceul.

Ce poème sera publié dans La Pâque dans la grange, en 1924.

Le dernier bulletin des Amis de Lucien Jacques mérite une attention particulière des pacifistes, mais tous les bulletins de l’association sont passionnants pour mieux connaître un artiste qui a toujours voulu rester discret et modeste, mais qui possède de grandes qualités artistiques, pas encore suffisamment reconnues.

Nous nous réjouissons donc d’apprendre que les éditions Gallimard ont décidé de rééditer Les "Carnets de moleskine".

Lucien Jacques, artiste pacifiste 1


LUCIEN JACQUES, artiste pacifiste 1 par manosquenicole

Lucien Jacques, artiste pacifiste 2


LUCIEN JACQUES, artiste pacifiste 2 par 2bbbernard

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