Commémoration de l’année sainte : 1914
Article mis en ligne le 2 mai 2014

par la rédaction
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Nul ne doute de la réussite des 365 jours de commémorations de la très belle guerre de 14-18, celle que préférait le regretté Georges Brassens, et qu’il aurait tellement voulu faire.

Eh bien, Georges, rien n’est perdu. Évidemment, tu ne pourras pas participer aux combats proprement dits puisque tu as déserté lâchement la vie en 1981. Mais tu pourras jouer le rôle d’un soldat mort. C’est déjà pas si mal. Je te rassure tout de suite, on ne va pas t’exhumer, mais un petit cénotaphe, avec la croix qui va avec, je crois que ça t’aurait plu. Tu as toujours eu beaucoup d’humour !

Le plus délicat, c’est de recommencer la fameuse empoignade qui dura non pas quatre ans mais quatre ans et trois mois et demi. Et puis, ça a traîné en longueur, dans les hôpitaux. Combien ont tiré au flanc, douillettement allongés sur des lits confortables ? Il est évident qu’on ne va pas ressortir les anciens combattants qui ont déjà participé aux batailles. Ce serait de la gourmandise ! Et puis sont-ils encore en état de combattre ? Je mets sur le même plan les Français et les Boches. Beaucoup refuseraient de se lever à l’appel du clairon et leur démarche serait hésitante, peu crédible.

Sans compter qu’il faudrait installer des cordons sanitaires partout pour interdire la circulation, les industries et l’agriculture dans la plus grande partie du Nord Est de la France.

Ensuite, il faudra bien trouver des volontaires. En 1914, on avait enrôlé beaucoup d’amateurs qui n’étaient pas animés du zèle nécessaire. Pour cette raison la victoire s’est fait attendre trop longtemps. Et puis il va falloir creuser des tranchées, et sans utiliser la pelleteuse. Sans compter les attaques à la baïonnette ! la grosse Bertha, la Madelon, des femmes qu’on rencontre moins, ces temps-ci. Elles sont devenues les maîtresses des chefs d’État ! Elles défilent pour le concours de Miss France.

Toute une éducation à refaire ! Parce qu’on ne va pas se contenter d’images « restaurées », voire complètement inventées par des « effets spéciaux ». On va donner dans la vérité, dans l’authentique ! J’ai mon idée, rassurez-vous.

D’abord, on pourrait essayer une guerre entièrement féminine, pour respecter la parité ! Mais je sens qu’elles refuseraient de partir la fleur au fusil ! Ou alors il faudrait recruter des Israéliennes. Encore y a-t-il des objectrices, en Israël ! Et puis, il faudra du nombre ! Avec quelques petits millions d’individus, on ne peut pas réaliser de grandes choses. Car il y a toujours des resquilleurs dans les guerres, même si on les appelle des rescapés. Pensez qu’il sera nécessaire d’obtenir un score d’un million et demi de cadavres, rien qu’en France, 20 millions au total. Sans compter les disparus, les blessés, les handicapés à vie, les gazés, les gueules cassées qui seront les fleurons des défilés du 11 Novembre, du 14 Juillet et puis même du 8 Mai, parce qu’il faut penser à la prochaine…

Ah ! C’est pas rien les commémorations !
Et encore je ne parle pas de l’année 2016, de l’année 2017, de l’année 2018 !...Il faut satisfaire tous les goûts, tous les amateurs de boucheries diverses.

« Faut que ça saigne ! » chantait Boris Vian. Et si on écoutait sereinement la Java des bombes atomiques, on verrait la profondeur de l’abîme qui sépare les années 50 de ce début de siècle. Parce que Boris a eu sa vie gâtée par des actions en justice, mais elles venaient d’associations pour la défense de la « moralité publique », pas de l’État républicain. Et si on relit le début de la nouvelle « Les Fourmis », on voit combien il avait d’audace, à parler du débarquement « libérateur » en ces termes ! La preuve il disait : « le libérationnement. » Car en 1957, on voyait des héros partout ! A pleines rues, à pleines avenues de la Victoire, et Vian, maniant l’humour avec une habileté diabolique, ridiculisait les combattants. Tout comme il ridiculisait la religion chrétienne dans L’Arrache Cœur  ! Évidemment, il n’a pas connu le succès de son vivant, mais trois ans après sa mort, il a effectué un retour triomphal dans l’édition, avec des poèmes d’abord, puis une réédition de L’Écume des Jours.

Il avait eu le temps d’écrire et de chanter Le déserteur en pleine guerre coloniale en Indochine puis il avait connu le succès durant toute la guerre d’Algérie.

Mais je m’aperçois que je suis bien sérieux tout d’un coup ! Revenons à la dérision, c’est la seule arme qui nous reste. Au moins pour ceux qui refusent de prendre les fusils.

Donc, j’étais en pleine guerre de 14, si vous m’interrompez, je vais la perdre, la guerre de 14-18. Je ne sais pas si vous mesurez bien les conséquences de cette défaite. Si on avait perdu la première guerre mondiale, comment aurait-on procédé pour en faire une deuxième ? Et pour réussir à massacrer tous ces colonisés ? Car tout doit s’enchaîner impeccablement, sinon, ça manque de vigueur, de cohérence. On a l’impression que l’Histoire n’est pas finie.

Et puis je voulais vous donner quelques ultimes conseils. Ne jetez pas tout de suite vos masques à gaz, même si les gaz sont interdits par les Conventions de Genève ! Méfiez-vous, méfiez-vous de tous les peuples. Il suffit parfois d’un rien, on les chatouille au mauvais endroit, les nègres ou les bronzés, et c’est parti, comme au Mali, en Centrafrique, dans tout le Moyen Orient, et je ne parle pas de l’Afghanistan, du Pakistan, de l’Egypte et bientôt de l’Inde, de la Chine. La guerre couve un peu partout, ne laissez pas le feu refroidir, après la guerre est froide. Je sais bien que la vengeance est un plat qui se mange froid.

Moi je préfère les guerres chaudes, ça digère mieux.

J’ai mon mot à dire, après tout, je suis un non-combattant et, sur le tard, j’ai envie d’en découdre, comme ont fait nos ancêtres. Il faut toujours respecter les vieilles traditions de nos ancêtres. Sinon, le plus terrible des fléaux s’abat sans prévenir : la paix.

Rolland Hénault

Actus



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