Les bienfaits de la guerre de 14
Article mis en ligne le 10 mai 2014
dernière modification le 2 mai 2014

par la rédaction
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VOUS ne trouvez pas, cher lecteur, qu’en cette année de commémoration de la première guerre mondiale, la situation est d’un calme inquiétant ? Le calme qui précède les grandes catastrophes.

À peine si l’on se dispute pour des histoires d’écoutes téléphoniques ! Mais on peut dire que, pour employer une formule guerrière, le secteur est calme. J’ai dit « secteur » c’est intentionnel ! À l’origine, ce mot est bien innocent puisqu’il s’agit d’un simple terme géométrique, que nous devons au latin « sector ». Je vous prie de bien vouloir m’excuser, mais ce vocable est apparu bien tardivement, disons-le sans prétention à l’érudition, j’ai sous les yeux mon manuel d’Instruction militaire, qui est très précis. Or il date la première occurrence de ce terme en… 1542 ! Et, c’est grâce aux joyeux combattants de 14-18, qu’il s’est spécialisé dans la langue militaire. Dans le même ordre d’idées, et dans la foulée, le théâtre nous a donné le « théâtre des opérations ». Qui n’appartient pas au langage chirurgical, bien que les combats soient de grands fournisseurs pour la chirurgie. Et qu’on soit en droit d’affirmer que les guerres sont à la source de très grands progrès pour l’humanité chirurgienne, et spécialement dans les cas de comas très profonds, voire définitifs. En effet, les cris que poussaient les victimes les plus douillettes, à qui l’on sciait les os du bras ou de la jambe, gênaient les réparateurs en squelettes à tel point qu’ils confondaient les outils de travail (- Passe-moi la scie sauteuse… - Je t’ai pas demandé la tronçonneuse ! C’est pas encore inventé, on verra à la fin de la guerre…)

C’est grâce aux baïonnettes que l’on put apprendre enfin à recoudre les intestins, qui ont tendance à s’enrouler d’eux-mêmes et ceci dans le plus grand désordre. Avant 1914, quand on rencontrait un intestin sur un champ de bataille, on était déjà bien heureux de ne pas s’empêtrer les pieds dedans, et on méprisait carrément son propriétaire légitime. Les aumôniers militaires l’entortillaient à tout hasard autour d’un christ et tombaient en prières. Puis ils le jetaient par-dessus la tranchée. Souvent, pris de remords, ils revenaient voir si les corbeaux l’avaient bien mangé. Mais c’était souvent le lendemain, alors les confesseurs demandaient aux corbeaux d’avouer leurs coupables activités. Hélas ! La plupart des corbeaux n’étaient pas catholiques et ils n’avaient suivi aucune formation religieuse. L’aumônier tordait le cou du volatile et c’est depuis cette époque que l’on vous sert du corbeau dans les restaurants gastronomiques. Ce qui constitue, sinon un progrès, du moins une démocratisation de l’alimentation des riches.

Toujours à cause de cette guerre mondiale, qui ne portait pas de numéro au début puisqu’on était persuadé que c’était la dernière, connue sous l’appellation de « der des ders », on ne dira jamais assez combien les tranchées de cette période ont participé à l’essor de l’agriculture et de l’élevage en particulier. On n’a jamais insisté, à mon avis, sur le développement des troupeaux de « rongeurs à museau pointu et à très longue queue », je veux dire des rats. Or, ce dernier détail a contribué très largement aux conquêtes féminines des poilus. Partout, les femmes frémissaient de désir à l’évocation de ces « longues queues », qui firent le succès des simples soldats, surtout de ceux qui étaient par ailleurs amputés des quatre membres, comme dans le film de Dalton Trumbo, « Johnny Got his Gun ». C’est bien là un cas extrême, dont vous me pardonnerez de l’avoir traité sur le mode de l’humour noir. « Johnny s’en va t’en guerre ». Je sais que, comme tous les patriotes, vous adorez l’humour. À ce titre, si je veux satisfaire la curiosité des vrais amateurs de tueries, peut-être ignorez-vous le fameux « J’accuse 1938 » d’Abel Gance. On y voit se relever les morts, ce qui est excellent pour favoriser la santé des squelettes, et les remplumer un peu. Quelques mouvements de gymnastique corrective et les « tire au cul » sont prêts à remonter à l’assaut ! Non, je vous raconte des conneries, ah c’est dur d’instruire des simples d’esprit. Abel Gance est très antimilitariste dans « J’accuse ».

Louis Ferdinand Céline, que les gens propres sur eux et qui ne veulent pas voir la vérité en face avaient pris en grippe, LFC, donc, avait entrepris une correspondance avec Abel Gance, où il lui disait humblement que son passage du « Voyage au bout de la nuit » où l’on voit les morts se relever et passer en nuées fantastiques au-dessus de Montmartre, eh bien ! Ferdinand s’avouait inférieur à Abel Gance. Vous en avez un extrait gratuit sur Youtube : les deux extraits du film « j’accuse » sont impressionnants, celui de 1918 mais plus encore celui de 1938.

À ce propos, si j’insiste sur les bienfaits des guerres, c’est qu’il est indiscutable que les progrès liés à la fin de la guerre de 14, comme ceux qui ont été obtenus en 1945 ont contribué au vaste progrès de l’humanité, qui est désormais en marche, et rien ne l’arrêtera !

Pensons d’abord à l’aspect vestimentaire. Les bandes molletières éviteraient aujourd’hui le rhume du pied ! Le casque lourd protège les motards, et qu’attend-on pour en surmonter les simples piétons ? Remettons en honneur le thermogène, qui a développé les arts graphiques avec le diable rouge de Capiello, l’huile de foie de morue et surtout le sirop des Vosges, qui ne nous fait pas perdre de vue la fameuse « Ligne bleue des Vosges ». On oubliera le gazogène, tellement chargé en combustible (du bois) qu’on se demandait où placer les marchandises à transporter. Mais les femmes des patriotes élevaient des bœufs, que les soldats étaient bien contents de trouver dans leurs boîtes de conserves. Il me semble que les vrais patriotes, au cours de ces quatre années de commémoration, devraient obligatoirement être revêtus de l’uniforme bleu horizon. Les femmes porteraient à nouveau des jupons, en souvenir de la Madelon, et les régimes amaigrissants seraient prohibés en hommage à la grosse Bertha !

On interdirait les autoroutes puisqu’il y aurait suffisamment de tranchées reliant entre elles les grandes capitales régionales. Au fond, il suffirait d’un réaménagement du territoire selon des normes militaires. Et je ne parle pas du coup de fouet donné à l’imagination, avec des monuments aux vivants, puisque ce sont, de toute façon, de futurs morts !

Du moins c’est prévu comme ça !
Rolland Hénault

Actus



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