Notes de lecture
Léo Campion, René Cruse, Louis Joinet
Article mis en ligne le 23 mai 2014
dernière modification le 4 juin 2014

par la rédaction
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Trois titres :

- Léo Campion, Lexique pour rire, éditions du Cherche-Midi (réédition).
- Manon Widmer, René Cruse, homme de parole, éditions Slatkine (Genève).
- Louis Joinet, Mes raisons d’État, mémoires d’un épris de justice, éditions La Découverte.


Léo Campion

Les éditions du Cherche-Midi viennent de rééditer Lexique pour rire, illustré de Léo Campion (1905-1992). Il rivalise avec Émile Littré et Pierre Larousse ! Les anciens de l’Union pacifiste ont con­nu cet humoriste, anarchiste, caricaturiste, acteur, franc-maçon, pataphysicien (ami de Boris Vian) et chansonnier. Il présentait les galas de Louis Lecoin. Lors de banquets li­bertaires, il faisait rire toute l’assemblée.

Rappelons qu’en 1933, membre de l’Internationale des résistants à la guerre à Bruxelles, il renvoya son livret militaire avec son ami Hem Day (Marcel Dieu), secrétaire de la section belge de l’IRG. Premiers objecteurs belges avant Jean van Lierde, leur procès fut celui de l’armée, et une franche rigolade ! Même le philosophe Han Ryner, beau-père de Louis Simon, ancien pilier de l’UPF, était venu de France pour témoigner. La solidarité les fit sortir de prison, et, suprême déshonneur, ils furent exclus de l’armée !

Lors d’une mémorable émission « Si vis pacem », il exhiba sa croix de guerre 39-45, seul objecteur à avoir ce hochet, obtenu alors qu’il transmettait des informations entre Paris (où il se produisait dans les cabarets) et Bruxelles (où vivait sa famille).
« L’objection de conscien­ce est une assurance sur la vie. Elle sera efficace lorsqu’il y aura suffisamment d’assu­rés », nous disait Léo.


René Cruse

René Cruse, homme de parole est le titre du livre de Manon Widmer, qui sort aux éditions Slatkine de Genève. Il retrace sa vie toujours vaillante : naissance en 1922, la guerre, le pastorat, la lutte contre l’armement atomi­que, l’antimilitarisme, le MIR (Mou­vement international de la réconciliation), puis sa vie mili­tante à Genève. Après 39-45, il était devenu pacifiste.

Rappelons que René, alors secrétaire général du MIR, était passé en justice pour incitation à l’insoumission. Lors de son procès, sa famille de la haute société bordelaise l’avait renié. Je pense que René a pu savou­rer une belle revanche lors­que, quelques années plus tard, certains de ses cousins négociants sont passés en procès pour vente de vin de Bordeaux trafiqué !

Au début des années 1970, René avait organisé un congrès avec les militants du MIR et ceux de l’UPF : il souhaitait fusionner les deux associations, comme en Belgique. L’attachement à la base chrétienne du MIR ne rendait pas possible cette fusion, mais, liées par l’Histoire, elles sont restées des mouvements frères.
René nous a fait le plaisir de venir de Genève à Paris pour participer à notre colloque « Pacifisme et Objection de conscience en Europe », en octobre 2012.


Louis Joinet

La Découverte vient de publier un livre de Louis Joinet : Mes raisons d’État, mémoires d’un épris de justice. Un film retrace aussi son parcours extraordinaire. Magistrat, il a été conseiller pour les droits de l’homme à Matignon et expert de l’ONU à la sous-commission des Droits de l’homme de Genève. Bien des combats sont exposés par celui que la presse a souvent baptisé Louis le Juste ou l’Épris de justice.

Après la guerre d’Algérie, il a joué un rôle important dans maintes affaires : la Cnil, dont il a été limogé, la création du Syndicat de la magistrature, l’imbroglio foncier du Larzac, les missions pour les droits de l’homme contre les dictatures latino-américaines, la commission de Matignon pour le nouveau statut des objecteurs de 1983 (avec Jean-Jacques de Félice), à laquelle l’Union pacifiste était invitée. il fut aussi intermé­diaire entre Lucio Urtubia et la Citibank de New York, la question basque, les Brigades rouges, la Kanaky…

Il était celui qui dénouait ces pro­blèmes, à la fois sur le terrain et dans les instances dirigeantes. Très peu d’hom­mes arrivés à ce niveau de responsabilités sont restés intègres comme lui. Il avait à la fois la confiance des diri­geants de par ses expertises et la confiance des ac­teurs engagés sur le terrain. C’est un militant de la lignée des Victor Schölcher, René Cassin et Stéphane Hessel qui dé­voile son parcours.

Maurice Montet

Actus



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