Exigeons la Légion d’honneur pour tous !
Article mis en ligne le 5 novembre 2014
dernière modification le 8 février 2016

par GY
Imprimer logo imprimer

J’ai beau observer de près mes amis de l’Union pacifiste, j’ai beau les estimer grandement, je trouve qu’il leur manque quelque chose pour que mon admiration soit complète, absolue, pour que leur image traverse sans dommage le chemin qui mène à la gloire éternelle. Et j’ai fini par trouver.
Ce qui leur fait cruellement dé­faut, c’est la quasi-absence de dé­corations. Or, je me suis renseigné, il est très facile d’obtenir, par exemple, la Légion d’honneur. Contrai­rement à ce qu’on croit trop souvent, il n’est plus nécessaire d’avoir à son palmarès un certain nombre de Boches dûment étripés à la baïonnette ou explosés avec tripes au soleil ou boyaux de la tête (l’expression est de Cavanna) évacués par les oreilles. Je me suis rensei­gné, vous pouvez me faire confiance. Comment obtenir une décoration crédible ?
Je commence par la plus presti­gieuse. Je note que, en 2012, 94 000 personnes étaient équipées de cette petite tache rouge qui agrémente si bien le moindre veston. Ce qui donne un total annuel de 3 500 citoyens décorés par an, soit 1 300 militaires et 2 200 civils. C’est donc à votre portée. Nul besoin, en effet, d’être un tueur assermenté. L’activité bureaucratique peut suffire à vous faire mériter la précieuse médaille ! Avouez que c’est une aubaine. Vous êtes assis à votre table de travail (ou à votre table d’escroquerie si vous êtes ministre) et vous attendez pa­tiem­ment la pluie des médailles. Météo France vous l’annonce quotidiennement. Un beau jour, la divine averse finit par se répandre sur vos crânes méritants.
Un autre préjugé consiste à croire que, pour être chevalier de la Légion d’honneur, il vous faut disposer d’un élevage de chevaux. Grave erreur, il y a ac­tuellement 457 chevaliers, et aucun ne se livre à l’élevage des équidés. Ah ! il est bien fini le temps où l’on attrapait la médaille sur le champ de bataille ! Je rappelle la méthode, désormais obso­lète. L’ennemi vous lançait une médaille, un obus et une croix de bois en même temps. L’astuce consistait à ne pas confondre la médaille et l’obus, ce qui n’était pas aussi évident qu’il semble à première vue. Souvent, les myopes confondaient les deux objets et, alors, leur lot de consolation était la croix de bois. Voyez le nombre de maladroits qui s’exposent dans les cimetières militaires ! Ce sont des myopes ou des soldats distraits, qui ne s’intéressaient pas à leur travail.
Bon, vous êtes prêts ? Vous avez choisi la sagesse, l’ambiance climatisée des bu­reaux ? Très bien, vous pourriez contracter un rhume sur les champs de bataille. Mê­me dans les régions chaudes, comme l’Irak, la Syrie, la bande de Gaza, le Mali, l’Ukraine…
Vous pouvez aussi faire valoir des ser­vices passés, difficiles à vérifier par les historiens. À condition de ne pas commettre d’erreur grossière dans la chronologie. C’est ce que j’ai fait, avec une demande en bonne et due forme. Je ne me suis pas trompé de guerre. J’avais commencé par évoquer les tranchées de la Première Guerre mondiale, et la réponse, négative, m’est revenue par retour du courrier.
Alors, j’ai fait valoir des activités tout à fait crédibles. Avec des renseignements historiques imparables, et, qui plus est, authentiques. Par exemple, en cette pé­riode anniversaire de la reddition de la colonne Elster, je me suis souvenu que j’avais participé à cet événement hé­roïque, en encourageant de mes petites mains les aviateurs alliés qui pilonnaient les sales Boches entre Châ­teauroux et Issoudun. Si, c’est vrai, indiscutable. Mê­me que c’était le jour du pèlerinage d’Issoudun, le 8 septembre 1944. Et j’assistais, de loin, à environ six kilomètres, au bombardement de ces pauvres types. À la fin, on avait compté les cadavres : 400 Bo­ches et 300 chevaux innocents, et sans nationalité précise. En outre, j’observais ce carnage depuis une ferme glorieuse, ancienne propriété du valeureux général Bertrand, qui l’avait baptisée du nom de « Les Pyra­mides ». C’est quand même mieux que Waterloo !
J’avais déjà, à mon actif, une rencontre avec des maquisards, en août 1944, et plusieurs parachutages clandestins au cours des années 1943-1944, auxquels j’avais assisté, la nuit, bravant les courants d’air. Pour clore l’ensemble, j’ai complété mon dossier avec l’évocation d’une rougeole en 1945, ce qui devrait me permettre de jumeler avec la médaille des Épidémies. Je compte bien, par la même occasion, être enfin reconnu comme le plus jeune combattant de la France libre.
Cherchez, vous trouverez aussi, mê­me si vous avez passé votre enfance dans une période de paix apparente. Imprégnez-vous de cette vérité, la pé­riode de paix sur toute la planète, ça n’existe pas. Ou, alors, vous êtes né à l’époque de la première glaciation, et, en ces temps héroïques, la Terre était très peu peuplée. Faites un effort de mémoire, lisez des documents incontestables, vous serez surpris du résultat. En ces temps lointains, les hommes étaient équipés de peaux de bête et de massue, qu’ils tenaient cachées derrière leur dos et ils vous estourbissaient un chrétien par surprise. Pas un chrétien ? Alors un païen, ça compte pareil, on ne va pas faire de ra­cisme idéologique.
Surtout ne vous découragez pas ! Il y a toujours une vieille guerre qui traîne dans les replis de l’Histoire. Et puis les mi­nistres eux-mêmes n’apprennent plus la chro­nologie, alors, profitez-en, la voie de l’hon­neur est libre. Profitez des épidémies mi­nistérielles. Les ministres sont atteints de « phobies » diverses. Ils en oublient leur passé, et toute l’histoire de France en même temps. Vous pouvez dire n’importe quoi. Vous auriez bien tort de ne pas pro­fiter de cette absence de mémoire qui se généralise actuellement.
Mais la mesure la plus radicale, qu’il faut obtenir en 2014, c’est la généralisation de la Légion d’honneur ! Exigeons la Légion d’honneur pour tous. C’est ce qui s’est fait pour le bac, qui est désormais attribué démocratiquement. Ajoutons que la Légion d’honneur attribuée dé­mocratiquement, elle aussi, nous éviterait bien des guerres inutiles.
Pas un pacifiste sans sa Légion d’honneur ! C’est le nouveau slogan d’un pacifiste de 2e classe.

Rolland Hénault

Actus



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.33