La solidarité internationale : ça sert à quoi ?
(in {Le fusil brisé}, décembre 2014, No. 101
Article mis en ligne le 11 mars 2015
dernière modification le 12 juin 2015

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Article publié dans Le fusil brisé, décembre 2014, No. 101 voir.

La solidarité internationale : ça sert à quoi ?

par Javier Gárate

La solidarité est un grand mot, qui essaie de faire ressortir nos meilleurs côtés. Ça veut dire que nous ne devrions pas seulement nous occuper de nous-mêmes, mais aussi des autres, et également être prêts à défendre nos positions pour eux. Pour l’IRG, la solidarité et surtout la solidarité internationale sont l’essence même de nos valeurs et de nos activités. En tant que formation internationale, nous donnons une grande importance au besoin de se soutenir les uns les autres dans nos luttes contre la guerre et l’injustice. C‘est pourquoi nous disons que nous sommes un réseau de soutien mutuel, soutien qui contribue à amplifier les voix contestataires. Mais quel impact est-ce-que cette solidarité et ce soutien mutuel peuvent avoir en périodes de crise ? Quelles sont les limites de la solidarité ? Dans ce numéro du Fusil Brisé, nous jetons un regard sur quelques-uns des conflits violents actuels, et le rôle de la solidarité internationale – ou son manque – par exemple dans le cas de l’Ukraine ou de Gaza.

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Quand nous pensons la solidarité à l’IRG, nous la concevons comme un rassemblement : l’union fait la force. La solidarité peut prendre plusieurs différentes formes. Elle peut inclure le soutien aux groupes locaux concernés par le conflit ou essayant d’attirer l’attention sur le conflit. Elle peut démontrer que les groupes en lutte ne sont pas isolés et qu’il y d’autres associations, souvent très éloignées géographiquement, qui se sentent aussi concernées par leur situation. Cela peut inclure des personnes qui ont fait face à des problèmes semblables, qui se sentent intéressées, et qui sont prêtes à les épauler. La solidarité peut aussi démontrer aux détenteurs de pouvoirs que les contestataires ne sont pas isolés– bien au contraire, il y a des gens dans toutes sortes de pays qui suivent attentivement ce qui se passe, qui sont prêts à dénoncer les abus, et à faire pression pour obtenir des changements au niveau international. Elle contribue aussi à informer et à éduquer l’ensemble de la communauté internationale sur une situation particulière. Souvent, il se peut qu’ils n’aient pas accès à l’information par les moyens d’information officiels. Cela peut prendre du temps avant que les gens, une fois informés de la situation, commencent à agir par solidarité, et il est donc vital de maintenir le flot d’informations. C’est pourquoi il est important que la solidarité soit durable, opportune, et pas seulement une action isolée dans le temps.

Il n’y a rien de positif à accomplir un acte de solidarité juste pour nous faire plaisir, si nous ne pensons pas vraiment aux conséquences que cela peut avoir et à ce qui se passe avec ceux avec lesquels nous sommes solidaires.

Le travail de soutien aux objecteurs de conscience (OC) est un des exemples les plus solides de la solidarité de l’IRG. Grâce à notre système d’alerte OC, qui partage les informations sur les objecteurs qui sont envoyés en prison ou punis d’une autre façon, nous demandons aux gens d’exercer des pressions, et d’envoyer une demande pour leur libération. Au-delà de ces alertes, l’IRG était présente à des procès, elle soutient les groupes dans leur accès aux dispositifs légaux internationaux afin de protéger les objecteurs qui sont menacés, coordonne les lettres à envoyer aux emprisonnés et éduque sur les choix de stratégies. À travers toutes ces activités, nous nous assurons qu’ils sentent qu’ils font partie d’un mouvement plus large.

À beaucoup d’occasions, le travail de l’IRG a eu un impact : il a résulté dans la libération de prison d’objecteurs individuels ; il a aidé à changer la législation qui punit les OC, et a attaqué le militarisme de façon plus générale. On entend souvent des OC qui ont été incarcérés dire qu’ils ont écrit à ceux actuellement en prison, et commenter l’impact que ces lettres ont eu sur eux pour les aider à garder un haut moral, et leur signifier qu’il y avait des gens au-dehors qui étaient concernés par leur situation. Une leçon importante que nous avons apprise à travers nos années de solidarité avec les OC est qu’il est vital que la solidarité et le soutien soient les bienvenus – ou même demandés directement. Dans ce but, il est important de discuter avec le groupe local afin de savoir quelle forme de solidarité est la meilleure à ce moment-là et à cet endroit-là. Il y a eu beaucoup de mauvaises expériences de formes de solidarité mal choisies, parce qu’il y avait un manque d’attention à ce qui était vraiment nécessaire. Parfois les gens ne veulent pas rendre leur cas public, parce qu’il y a des implications plus larges, et il est très important de respecter ce désir. Il est aussi arrivé que des groupes internationaux proposent beaucoup de grands plans que les groupes locaux n’ont pas vraiment la possibilité de mettre en pratique. Cela peut en fin de compte freiner cette lutte, au lieu de la soutenir.

Cette dernière année, nous avons vu beaucoup d’exemples exaltants de solidarité internationale, tels que les multiples actions internationales contre les attaques de Gaza, avec des gens qui bloquaient les navires Israéliens ou occupaient les compagnies Israéliennes de fabricants d’armes, ce qui a été rapidement suivi par un conseil donné par les gens de Gaza aux manifestants de Ferguson sur la manière de faire face au gaz lacrymogène, parce que le même gaz était utilisé sur eux. Et aussi, malheureusement, notre article de Gaza expose que le monde est resté silencieux sur cette situation… Il y a eu la campagne réussie pour arrêter l’envoi par navire de gaz lacrymogène de Corée du sud vers Bahreïn, qui a été coordonnée à la fois par les organisateurs de la campagne d’opposition aux ventes d’armes dans le Royaume Uni, en Corée du Sud et la communauté de Bahreïn. Plus récemment nous avons vu des actions à travers le monde en soutien aux 43 étudiants mexicains tués, ce qui a attiré l’attention sur la violence au Mexique comme jamais auparavant, et il y a bien d’autres exemples.

Ce numéro du Fusil Brisé expose les multiples défis auxquels nous nous confrontons lorsque nous agissons en solidarité avec d’autres, et comment cela peut avoir un impact très limité dans beaucoup de cas. Comment pouvons-nous considérer un arrêt des interventions militaires à l’étranger comme l’approche occidentale de remplacement pour résoudre des conflits ? Comment devrions-nous considérer la menace de l’organisation État Islamique (EI), ou la militarisation de la police face à la violence ? Comment pouvons-nous arrêter la dévastation causée par les sociétés multinationales ? La liste est sans fin, mais une action commune est un pas important pour apporter des changements. La solidarité internationale est une tradition que nous devons conserver, mais elle n’est pas suffisante. Les groupes ont besoin de pouvoir entreprendre leurs propres actions et de prendre leurs propres décisions afin de faire partie d’un mouvement global efficace pour la justice sociale.

Traduction : John Bogard

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