2016  : année de La Marseillaise
Article mis en ligne le 22 août 2016
dernière modification le 24 août 2016

par GY
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Vous avez pu lire, dans UP de juillet-août, une analyse de Jean-François Amary sur ce thème. Maurice Balmet complète sa réflexion : « Ce qui m’a fait le plus réagir, nous écrit Maurice, c’est que 2016 est l’année de La Marseillaise. Avec tout le reste : l’état d’urgence, la déchéance de la nationalité, les engagements de réservistes et toutes les surenchères militaires font que nous n’en pouvons plus, nous les pacifistes et antimilitaristes sincères. »

Après les propositions de loi « Jour de mé­moire » et « Journée du drapeau » dépo­sées par les parlementaires après les at­ten­tats de 2015, le président de la Répu­bli­que, grand maître du patriotisme am­biant, de l’état d’urgence et de la dé­chéance de nationalité, a décidé de faire de l’année 2016 « l’année de La Marseillaise ». Principales victimes ? Les élèves. Au programme : « nationalisme » en art, en histoire, en sport… avec la bé­nédiction de l’Éducation nationale. Et com­me le précise la circulaire ministérielle parue le 3 février 2016, il s’agit de faire « célé­brer » ce chant dans le cadre « du parcours citoyen et du parcours artistique et culturel de chaque élève ». Cependant, la loi Fillon, visant à réformer l’éducation et adoptée en mars 2005, a déjà rendu obligatoire l’apprentissage de La Marseil­laise dans les classes maternelles et primaires à partir de la rentrée 2005, conformément à la loi du 23 avril 2005. Ainsi, cette année de La Marseillaise complète les mesures de cet apprentissage de l’hymne national dès le plus jeune âge.

Mais quel est le vrai visage de La Marseillaise ? Tout d’abord, les circonstan­ces de sa création situent l’hymne fran­chement du côté de la guerre, car initialement nommé Chant de guerre pour l’armée du Rhin. Elle a été composée par l’officier Rouget de Lisle à la demande du maire de Strasbourg De Dietrich, au lendemain de la publication de la déclaration de guerre au « roi de Bohème et de Hongrie », le 25 avril 1792. Dans cette ville frontière de Strasbourg ayant connu diverses invasions, l’assemblée qui écoute le chant pour la première fois est davantage patriotique que révolutionnaire.

Les paroles de l’hymne sont em­prein­tes d’une idéologie guerrière incroyable. Les circonstances qui essaient de montrer que la vision communément répandue d’une nation menacée, acculée au com­bat, dont l’emblème serait ce chant pa­triotique, semblent plus compliquées que cela peut paraître. Peut-être historiquement et objectivement peut-on se de­mander quels progrès sociaux et humains auraient pu connaître le peuple français si les révolutionnaires n’avaient pas pris les armes pour défendre les frontières me­nacées par les forces contre-révolutionnaires ? En même temps, cette révolution fut aussi, dans les faits, comme souvent au cours de ces périodes de grands chan­gements, une guerre intérieure et meurtrière comme les historiens peuvent le souligner avec, par exemple, les journées sanglantes de septembre 1792. Au même moment où la guerre aux frontières existait, les fédérés marseillais ont participé aux massacres du 10 août 1792 aussi inti­tulés « la prise des Tuileries » qui marquent le vrai début de la Terreur. La Marseillaise était alors chantée au pied de l’écha­faud au cours de cette période très agitée.

Que signifie vraiment « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». En les regardant de près, les paroles de notre hymne na­tional proposent pratiquement un seul langage : celui des armes. Ces paroles décrivent en définitive un seul ennemi diabolique : ignobles, vils, perfides, parricides, sanguinaires, sans pitié, une engeance meurtrière, les « féroces soldats » qui viennent « jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes ».

Toutes ces phrases sanguinaires et vengeresses n’offrent qu’une structure de pensée et de vocabulaire indigne d’une démocratie, mais tout à fait dans l’esprit d’un fanatisme religieux ou politique.
Pour ma part, je préfère largement les paroles de La Marseillaise de la paix, écrite en 1892 par les gamins de l’orphelinat de Cempuis alors dirigé par le libertaire Paul Robin (ci-dessous).

La version de Graeme Allwright est aussi intéressante à faire connaître et remplace avantageusement les paroles guerrières de notre hymne national :

Pour tous les enfants de la terre
Chantons amour et liberté
Contre toutes les haines et les guerres
L’étendard de justice et de paix
Rassemblons nos forces, notre courage
Pour vaincre la misère et la peur
Que règnent au fond de nos cœurs
L’amitié la joie et le partage

(Refrain)
La flamme qui nous éclaire
Traverse les frontières
Partons, partons, amis, solidaires
Marchons vers la lumière

Maurice Balmet

Actus



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