Adi, Rolland !
Article mis en ligne le 9 avril 2017
dernière modification le 10 avril 2017

par GY
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Rolland Hénault nous avait prévenus depuis 2013. Notre ami Le Plouc se savait atteint par le crabe. Il avait composé ses « Œuvres presque posthumes » pour faire place nette. Le 5 avril 2017, les soins palliatifs ont cessés : Françoise nous informait que cette force de la culture avait avalé son bulletin (de vote ou de naissance) à 77 ans.

En novembre dernier, le comité de lecture avait reçu un ultime courriel au lieu et place des habituels propos si civilisés, qui ont éclairé de sourires la page trois d’Union pacifiste tous les mois, depuis mars 1980. Le Plouc nous faisait comprendre, par un charabia où voyelles et consonnes se télescopaient, qu’il ne pouvait plus écrire.
Dès lors, le flambeau a été repris avec des Rétrospect’Yves, qui continuent à bouter le feu au bûcher des saintes nitouches avec les plumes d’oies, de cygnes et de canards du poète YLC résistant à la guerre.
L’Union pacifiste a perdu le Berrichon évolué (comme il aimait à se qualifier dans le journal éponyme qui est paru jusqu’en 1993) et bien plus encore à l’aune de nos émotions partagées.
Désormais, les bouchtures (haies) ne seront plus bien taillées : nos bocages laisseront passer des costumes uniformes et empoisonnants d’encasernés et d’ensoutanés ! Rien à faire, sinon prendre son temps (« tazoner »), pour remettre à leur place ces pourritures de la société à qui ça arrivera aussi d’être mouru. En éditant La Bouinote, c’était une fenêtre de l’étable aux bovins que Rolland nous avait ouverte, et cette belle revue chassait très bien les remugles du fumier de casernes et presbytères.
Bizarre, Rolland Hénault avait perdu presque tous ses procès : contre le ministre de la Défense (1976), contre un curé exorciste (Guimon de la Touche, d’où le pseudonyme de Guimou de la Tronche), contre un notaire, un conseiller régional, deux collabos (d’un maire socialiste passionné par les SS)… jusqu’à un directeur de prison (2013). Pas étonnant que notre pote n’ait pas eu confiance dans la justice de notre pays !
Pour avoir fréquenté régulièrement les prisonniers dans le cadre de missions d’enseignement, Rolland, tu nous en disais beaucoup de bien, et avec une telle force de conviction que la quasi totalité des membres de l’UPF reste persuadée qu’il faut lutter aussi pour l’abolition des lieux d’enfermement.
D’excellents souvenirs quand même : quand tu trinquais au téléphone avec Raymond Rageau, chacun une coupe de vin blanc à la main, qui rue Lazare Hoche (Boulogne), qui rue des Myrtilles (Déols), le son cristallin et les éclats de rire s’entendaient loin à la ronde. Fait notable, cette tradition s’est poursuivie quand Maurice Montet a pris la charge du secrétariat de l’UPF.
La production par l’UPF du CD de chansons d’Élizabeth (1991) a aussi été un temps fort, pour contribuer à l’élimination des cons.
Depuis que nous savons que tu es allé picoler de l’eau delà, on entend une drôle de zique dans les campagnes pacifistes :
« Ça meule et ça caille pas chaud dans nos cœurs. Il tombe même des agat d’iau de nos yeux et, bon sang d’boué, v’la ti pas qui v’nont aux bouhoumes aricotés (asticotés) de pétrasser la bérouasse (abîmer le crachin) !
-  Ça va ti ?
-  C’est dur que l’Plouc y a querver, pis Toué ?
-  Euh, c’t’affaire ! V’la qui r’chignou (pleure) !
-  À la r’voyure ! Planque ta birouette ! »

C’est vrai que ça nous avouille tous (fait mal au bide) de ne plus pouvoir compter sur le style extraordinaire de Rolland, mais il laisse en héritage tous ses livres à lire.
Alors, Adi Rolland, dans l’champ de naviau de Diou (où grâce à Gaston Couté, nul n’ignore que tous les crânes sont blancs), tu as choisi d’être à la droite de M. Dieu ! Épipaplu (rien à ajouter)…
René Burget

Actus



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