Syrie : guerre et pacifisme
Article mis en ligne le 26 mai 2017

par GY
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À chaque conflit, les marchands d’armes accroissent leur chiffre d’affaires. Les États, contournant les embargos, en profitent pour expérimenter leur matériel et savoir-tuer. Aussi, parler de la guerre en Syrie est une tâche délicate. En effet, comment l’approcher sans trahir l’immense souffrance des victimes, sachant que nous parviennent principalement des informations tronquées et orientées. Cependant, voici quelques éléments, non exhaustifs, de ce conflit aux multiples visages ainsi que le cri de pacifistes issus de ces régions ravagées par les gens en armes.

Mouvement pour la paix

Fin février 2011, des Syriens osent organiser, en s’appuyant sur les réseaux sociaux, des manifestations d’opposants au régime de Bachar Al-Assad. Elles sont alors pacifiques. Une répression féroce s’abat. À la violence, les manifestants répondent par de nouvelles manifestations, sous le slogan « Silmya, silmya » (« pacifique, pacifique »). Puis certains mouvements, dont des islamistes, en profitent pour prendre les armes et tentent de s’emparer du pouvoir. En quelques mois, le pays bascule dans la guerre civile.
S’affrontent alors : les « pro-Assad » défendant le régime en place ; les « rebelles », voulant instaurer un gouvernement plus démocratique ; trois « mouvements islamistes (dont Daesh) », cherchant à prendre le pouvoir, sans être d’accord entre eux ; les « Kurdes » qui réclament l’indépendance du Kurdistan.
Les voix qui refusent toute cette violence, sont enfouies sous le vacarme des combats.

Conflit international

Défendant leurs intérêts géopolitiques et géostratégiques, d’autres États entrent en guerre :
- La « coalition », dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni qui défendent l’opposition syrienne, et se battent contre Daesh. La Turquie, elle, lutte en plus contre les forces kurdes.
- La Russie et l’Iran combattent l’opposition syrienne et Daesh et soutiennent Bachar Al-Assad.
- Enfin, l’Arabie saoudite et le Qatar défendent l’opposition syrienne contre le régime en place, mais estiment participer aux combats contre Daesh à travers une « coalition islamique contre le terrorisme » (dont l’Égypte, la Turquie, le Pakistan et le Sénégal parmi les 34 pays adhérents), créée en décembre 2015.

Bataille de l’énergie

La Russie, l’Iran et le Qatar possèderaient à eux trois, 50 % des réserves mondiales de gaz naturel. Différents projets de pipelines et gazoducs iraniens et qataris devaient passer par la Syrie. La Russie alliée de l’Iran fournit 20 % de la consommation européenne. Le Qatar, avec des réserves pour, semble-t-il, plus d’un siècle, souhaite aussi fournir l’Union européenne dont les besoins augmentent. Or, il est tourné vers les Etats-Unis et l’Europe atlantiste. Mais Bachar al Assad a signé avec l’Iran.

Guerre par procuration

Sans s’affronter directement, les États placent leurs pions par procuration :
- La Russie cherche à retrouver sa parité avec les États-Unis
- L’Iran chiite de même avec l’Arabie saoudite sunnite
- La Turquie affronte les Kurdes par le biais de l’EI.

Pacifistes contre vents et marées : danse et poèmes

Fadwa Souleimane, comédienne syrienne et Rami Hassoun, chorégraphe et vidéaste franco-libanais, sont des opposants au régime de Bachar Al Assad, mais résolument partisans de la non-violence. Ils pensent que la Syrie a basculé dans une impasse, lorsque certains ont pris les armes. Pour eux, la révolution « sera pacifique ou ne sera pas ».
La première, devenue un des symboles de la mobilisation pacifique, faisait danser les foules à Homs durant l’hiver 2011 au moment du mouvement populaire syrien. Condamnée à mort, elle a dû fuir son pays en 2012. Elle est réfugiée depuis en France et écrit des poèmes.
Le second vit à Lyon. Tous deux sont convaincus qu’il faut opposer au régime syrien et aux djihadistes, des mots ; au fanatisme, le pacifisme ; aux régiments des uns et aux Katiba* des autres, l’auto-organisation (tels que les conseils civils locaux qui continuent de fonctionner malgré la guerre).
Ils ont créé et réalisé un court métrage, « Message to… », primé comme meilleur court expérimental au ARTF (International film Festival) de Berlin. Cette sombre et émouvante fiction de 17 minutes, dansée sur un texte poétique de Fadwa Souleimane, dénonce la banalisation de la guerre en Syrie, les interventions extérieures attisant le conflit devenu international. Une petite lumière filtre cependant : la force d’opposer, jusqu’au bout, danse et mots aux généraux et aux émirs.
Ce film est visible sur You Tube depuis le 15 mars 2017.

Au bout du compte, malgré des forces et milices armées déchainées sur ce territoire, un espoir subsiste, porté à bout de bras, à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Arriverons-nous à l’amplifier suffisamment pour aider la population à s’approcher d’une perspective de paix acceptable et équitable ?

Marie-Catherine Massebœuf

P.S. :

*Armées de libération comme l’ALN en Algérie
Sources principales web : AFP, Arte, Courrier International, France 24, La Voix du Nord, L’Express, Le Monde, Le Soir, Midi-libre.

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