Que la lumière choie
Article mis en ligne le 26 mai 2017
dernière modification le 11 novembre 2017

par GY
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Plus tard peut-être, quand les hommes vivront d’amour , et d’eau fraîche, plutôt que d’armure et de prêche ; quand les frontières ne seront plus qu’un détail oublié de l’histoire de l’humanité ; quand la misère ne poussera plus que dans nos parcs et nos jardins ; quand les casernes hébergeront les rescapés des rues et des trottoirs ; quand les œillères figées dans le regard des gens se seront décousues, altérées par le temps ; quand les trois mots, les trois concepts de la devise républicaine, auront cessé d’illuminer ironiquement le fronton des écoles, des mairies, des bâtiments dits officiels, comme si tous les autres n’étaient qu’officieux ; quand l’écho de ces trois mots-là dans le tête des gens résonnera, raisonnera et sonnera telle une évidence, une danse de la vie ; quand les enfants parleront la langue des enfants, enfants charmants et non marchands, non marchandés, non marchandises, non pas langue de bois mais de la vérité, de l’innocence, d’un sens inné, et reconnue comme langue vivante ; quand les dictionnaires auront banni le temps présent de verbes comme obéir, commander, guerroyer, combattre ; alors peut-être trouverons-nous deux comédiens de théâtre pour rejouer la finale 2017, et les suivantes, à l’instar de nos Morel et Weber d’aujourd’hui, Jacques et François, deux prénoms prédestinés, qui jouent en ce moment la rencontre duelle de 1988, entre un autre François et un autre Jacques. Diderot n’était pas loin : Jacques le Fataliste et son maître, en somme. Ou en sommeil. Diderot aurait pu en écrire les dialogues.

Elle arrive

Et tous les cinq ans, on l’attendait, on la suppliait, on priait. Elle viendrait. Elle viendra, pour nous prendre sous son aile. Il faut l’élire. Alors Elle est venue, fidèle à ce vœu nu. Fidèlement, discrètement, patiemment, subrepticement, Elle s’était fait admettre, connaître et reconnaître par les gens de la rue ; Elle avait insidieusement imposé sa présence, virtuelle tout d’abord, puis flagrante, inévitable, irrémédiable...
Car en ces temps lointains, bien ultérieurs à ce qu’on appelait le siècle des Lumières, où l’on ne parlait pas encore de cinéma, les acteurs étaient à la tribune. Ce n’était plus le siècle des lumières mais le siècle d’élus mièvres. Comme dans les salles obscures, les Lumières petit à petit s’éteignaient. L’obscurité s’installait, dans les tribunes, dans les tribus, dans les cultures, dans les familles, la nuit ne faisait pas de quartier de l’une ou de l’autre. Et de l’obscurité naquit l’obscurantisme, un isthme bien obscur n’occurrant rien de bon.
Elle attendait son heure. Elle savait que son heure... sonnerait.
Puis un jour, tiens un jour d’élection, dans ce plus tard peut-être qui introduit mon histoire. De l’eau aura coulé sous les ponts, car il y aura des ponts plutôt que des murs. Des ponts entre les êtres, des ponts entre les cultures, des ponts entre les générations ; il y aura des raisons plutôt que des prisons, il y aura des chansons plutôt que des marches militaires ; il y aura des troubadours à la place des troupes autour ; il y aura des écoles en plein champ, en plain chant ; il y aura il y aura... des sourires, des fous rires, de la joie, de l’amour ; du bonheur en un mot, et même en plusieurs mots, peut-être en tous les mots, et en tous les silences, puisqu’il naîtra alors un siècle nouveau, un cycle nouveau , nouvelle période des Lumières, après toutes ces années d’obscurantisme, Que la lumière choie, semblaient dire à l’époque, les regards apeurés, à pleurer, épurés, écœurés des passants, que la lumière choie, car la lumière faisait peur, la culture faisait peur. Et d’ailleurs petit à petit on grignotait tant qu’on pouvait sur son budget, trouvant ô combien préférable d’augmenter celui des armées.

Que la lumière choie

Et la lumière... chut ! Non, j’ai dit chut, motus, pas chut du verbe choir. D’ailleurs ce chut, d’où vient-il ? Et qu’apporte-t-il ? De quel choie s’agit-il ? Il n’y a que l’embarras du choie. Soit c’est le verbe choir, et il faut savoir choir comme le disait si bien notre ami Devos ; soit c’est le verbe choyer. Choyez-vous les uns les autres. Il nous faut écrire notre hymne à la choie ; il faut aussi savoir choyer. Choyez-en sûrs ! Il est plus difficile de choyer que de choir. Qui choie mal risque de choir. Et de faire choir celui qu’il choit. Choir ou choyer il faut choisir. La tendresse ou la chute. Je choie donc je suis dirait un Descartes d’aujourd’hui ; enfin du temps dont je vous parle, temps qui n’est pas encore venu. Puisqu’Elle n’est pas encore venue. Mais Elle viendra, Elle saura se faire élire, Elle saura, à force de patience et de persévérance, tremper dans l’encrier ses plumes fines et tendres. Il ne s’agira pas de choir mais de choyer, de faire le bon choix : caresser dans le sens du poil ou de la plume chaque citoyen, chaque individu, et ce sera gagné. Les édiles découvriront, en ouvrant les boîtes magiques, en guise de noms tartuffiers, une multitude de plumes sur lesquelles ils pourront lire, en filigrane, Son nom, son nom à Elle... Elle enfin sera élue, autant qu’Elle était ailée, et son aile, et cette Elle, recouvrira la France entière, l’Europe entière, le monde entier, car Elle fera des petits, la colombe.

Yves Le Car

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