Aquariussons-nous
Article mis en ligne le 17 juillet 2018

par GY
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Vive la grève. Illimitée. C’est vrai, quoi, c’est l’été, il y a du monde en grève. Sur le tas. Tas de sable ou tas de galets, mais les grèves d’été sont les plus suivies. Sans perte de salaire. Et sans l’air de sa perte. On peut y bâtir ses châteaux, en Espagne ou ailleurs. Et y croire le temps… le temps d’un été. Manifestement, ces grèves-là sont plus appréciées que les grèves syndicales et les manifestations multiples. Et pourtant, ces grèves-là, cette place de grève, ce droit de grève, ce droit de profiter de la grève de sable, n’ont été obtenus que par d’autres grèves, d’autres combats acharnés que les bénéficiaires d’aujourd’hui ont tôt fait d’oublier.
La mer, c’est si joli. Quand on peut y aller, y envoyer ses enfants, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. Tant qu’on a un salaire qui le permet… Sinon, ils pourront toujours se mettre en grève, sans château, sans sable, sans salaire, comme l’ont fait leurs grands-parents, lesquels leur ont obtenu également la Sécurité. La Sécurité, mot magique, dont chacun se réclame, et que chacun réclame. Je dis chacun, mais chacune également, c’est beau l’éga­lité. Et la sécurité, ce maître mot, lequel devrait bientôt remplacer, dans la devise française, le dernier de la trilogie dont le sens est devenu obsolète. Oh squelette !
Ah oui ! J’ai oublié un mot en parlant de la sécurité. Le mot Sociale. La Sécurité Sociale, la seule qu’ils sont en train de perdre progressivement, qu’on est en train de leur reprendre, de leur voler, né­cessité oblige, leur cécité afflige. Que voulez-vous, le pays a des besoins, on ne peut pas continuer à favoriser les pauvres, à creuser la Sécu. CQFD. L’autre Sécurité, elle, se porte bien, celle qui n’est pas la Sociale, mais policée, militaire, celle-là n’est pas menacée. D’ailleurs une bonne manière d’assurer la sécurité, dans un établissement menacé ou ayant subi quelques avatars, c’est d’y inviter non pas les auteurs d’attentat, mais leurs soutiens, leurs complices. C’est bien comme ça, la roue tourne, la fortune aussi, tu remplis ta salle, parce que, faut pas croire, mais ça marche quand tu aboies des slogans appelant à la haine, à la crucifixion des « impurs », des impies, des laïques ; et, de plus, tu ne crains plus les attentats.
À part ça, les télés sont prises d’assaut pour faire avaler aux aficionados leur overdose de nationalisme et de division des peuples autour de la divinité ronde. Sainte Baballe, brillez pour nous. Ah oui ! Dassault, non pas celui des prises (voir plus haut) mais celui des avions assassins, Dassault est mort. Qu’on se rassure, ce criminel n’est pas le dernier de la lignée, il a de la relève, on a pu le voir à Villepinte, ces saloperies qui l’ont rendu milliardaire ne meurent pas avec lui. Il paraît qu’il fut un jour rattrapé par la Justice ; de justesse. Mais juste ciel, pas pour les ar­mes qu’il a construites, pour une ba­na­le affaire de corruption. Bah, un amateur en ce domaine.
Oublions-le vite et fêtons plus dignement les gens méritants que l’été a marqués de son sceau. Un clin d’œil à l’ami Béart, Guy, né un 16 juillet, en l’an 1930, entre deux guerres, lui qui les dénonçait toutes, comme il dénonçait tous les pouvoirs. Un clin d’œil à Francis Blanche, qui réussit l’exploit de naître et disparaître en ce récurrent mois de juillet, après cinquante ans d’une vie bien remplie d’humour et d’amour. Retenons notamment son « Général à vendre », qu’interprétait si bien Marc Ogeret, lequel nous abandonne à son tour, ce qui me permet de réécouter ses chants de révolte et d’anarchie, intemporels heureusement. L’acteur Bourvil, puisqu’on y est, lui aussi né en juillet. Et puis, inévitablement « j’ai dans la tête un vieux banjo de 1925 » en pensant à Léo, né le 24 août, en pleine guerre, mort d’un pied de nez à la Ré­publique le 14 Juillet, sans drapeau ni tam­bour, tout comme Sébastien Faure. De­bout les morts, revenez-nous ! On a tant besoin de gens comme vous. De gens comme nous.
Et le 29 juillet, surtout, votre journal préféré en mains, n’oubliez pas de penser à cette grande dame qui s’appelait Émilie Carles. À l’instar de la madeleine prous­tienne, que je n’ai jamais goûtée, j’ai dans le cœur, sinon en bouche, sa délicieuse Soupe aux herbes sauvages, que chaque instit, tuteur ou tutrice, devrait s’empresser de faire lire dans sa classe. Émilie habitait La Clarée, dans la commune de Névache, près du col de l’Échelle, passerelle entre Italie et France, célèbre aujourd’hui à cause de ce qui s’y passe. Deux sortes d’êtres humains s’y retrouvent : celui qui croyait au fiel, celui qui n’y croyait pas, pour paraphraser Aragon. Celui qui croit que le monde se cantonne à son petit lopin béni par ce chiffon à trois couleurs qui lui donne tous les droits, celui qui pense que l’Humanité, qui rime avec Fraternité (laquelle je le rappelle tend à s’estomper derrière son antonyme sécurité) va bien au-delà de son obtus et artificiel Hexagone. Celui qui croyait au miel, Celui qui n’y croyait pas, Tous deux ont une cervelle, Tous deux ont un cœur qui bat, Mais pas le même visuel Sur les choses d’ici-bas. Celui qui croyait au miel /Celui qui n’y croyait pas / L’un se disait Fraternel / De gens qu’il ne connaît pas / Mais qui n’ont dans leurs gamelles / Que des semblants de repas / Ramassés dans des poubelles / Dans des graviers, des gravats / Et qui ont sous leurs semelles / Le sang séché de là-bas / Celui qui croyait au miel / Celui qui n’y croyait pas / Qui prétend qu’il ne se mêle / Surtout pas de ces gens-là… Bref, celui qui est considéré comme délinquant, celui qui est condamné, celui qui risque la prison, ce n’est pas celui qu’on croit, ce n’est pas celui qui croyait au fiel plutôt qu’au miel, mais, paradoxalement, le premier, le Fraternel, celui qui tend la main, le Soli­daire, le digne représentant de la France terre d’accueil, et je sais qu’Émilie Carles aurait été à ses côtés.
Alors, bonnes vacances et n’oubliez pas, que vous soyez sur mer ou sur terre, à la montagne ou ailleurs, de lire et relire l’Union pacifiste, Émilie Carles, Lecoin, et tant d’autres.

Yves Le Car Provisoire


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