Les guerres de l’avenir !
Article mis en ligne le 9 mars 2007
dernière modification le 22 juin 2007
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« LES ANIMAUX se battent, mais ils ne font pas de guerres. L’homme est le seul primate à pratiquer la mise à mort de ses congénères de façon organisée et dans l’enthousiasme. »

Ainsi s’exprime Hans Magnus Enzensberger dans un ouvrage intitulé Vues sur la guerre civile.

Les plus anciens vont me dire : « C’est un Boche, il ferait mieux de fermer sa gueule ! » Et ils vont tout de suite invoquer Oradour-sur-Glane.

À quoi je répondrai que la plupart des Boches d’Oradour étaient des Alsaciens, ce qui ne va pas favoriser les ventes de l’UP dans cette région. Mais c’est pour dire que les prétendus crimes de guerre ne sont pas l’apanage des Teutons et autres Frisés. Les joyeux Américains libérateurs du Débarquement se sont d’abord entraînés en Grande-Bretagne, et l’on se plaignait de la brutalité de ces soudards pour qui le viol, notamment, faisait partie de l’apprentissage de la guerre libératrice. Après le 6 juin 1944, les exactions commises par les mêmes Américains en France n’ont pas laissé un souvenir plus agréable que les Boches à Oradour, et je ne parle pas des divers bombardements des « alliés » sur la France, ni du bombardement des civils de Dresde, qui a beaucoup amusé les joyeux combattants de la liberté. Ensuite, ils ont reçu l’ordre de violer les femmes allemandes. Plusieurs émissions sur Arte et sur La Cinq ont rappelé ces événements héroïques.

Et c’est là que je veux en revenir aux « guerres civiles », c’est-à-dire aux massacres des civils. Car, désormais, les guerres mondiales manquent cruellement ; mais, heureusement, elles sont remplacées par ce que l’auteur allemand cité plus haut appelle les « guerres civiles ». Il en dénombre trente à quarante actuellement, en précisant que leur nombre, à l’avenir, va plutôt augmenter. Or, ces nouveaux conflits ne sont pas facilement maîtrisables, puisqu’ils ne sont même pas dirigés par des chefs et mus par une cause facile à définir. Ce sont des rapts, des meurtres et des pillages. Ils concernent les pays du tiers monde de préférence et aussi les très grandes villes « comme Bombay et Rio, mais aussi Paris ou Berlin ».

L’intérêt du livre de Enzensberger, c’est de montrer que ces guerres nouvelles peuvent provenir d’un groupe de citoyens quelconques qui se métamorphosent en fous furieux et commettent des meurtres en série. Ces phénomènes, qui concernent notamment le Texas, le Liberia, la Tchétchénie, le Cambodge, gagnent doucement les pays relativement paisibles, comme l’Allemagne, la Suède ou la France. Les combattants sont des tueurs sans convictions, sans idéaux, sans projets. Certes, leurs prédécesseurs ne valaient pas mieux ! Désormais la guerre est à l’état endémique, mais, partout, elle ne portera peut-être pas ce nom-là.

En France, les partis politiques de gauche, car ce sont eux qu’on aurait pu attendre, ont montré, et montrent encore, un angélisme déconcertant quant au fonctionnement des « quartiers » ou des « cités ». Aucun des candidats à la présidence de la République n’a osé dire de quel argent vivait la plupart des habitants de ce que l’on appelle pudiquement les « cités », dans la région Île-de-France, mais aussi un peu partout dans l’Hexagone. Pourtant, il n’est pas possible qu’ils ignorent que, quelques malheureux travailleurs mis à part, l’immense majorité est gérée par des mafias, parfaitement autorisées, qui présentent l’avantage de maintenir la paix sociale parmi les populations de ce qu’on appelait autrefois les « logements sociaux ». Non seulement, ces gens sans identité précise sont abrutis par la drogue, mais ils s’autodétruisent en incendiant leurs propres véhicules. Ils se livrent à des agressions sans motifs et sont souvent incapables de donner les raisons de leurs gestes.

On pourrait croire que je ne suis plus là dans le domaine de la lutte contre la guerre, mais on aurait tort. C’est la guerre qui a changé de forme, qui est devenue incontrôlable et qu’on désigne par le terme de « délinquance ». Or, l’ampleur de ces phénomènes, leur caractère spontané, imprévisible, est bien le résultat d’une nouvelle forme d’économie qui a déshumanisé une partie importante de la population. L’homme absolument réduit au rôle de consommateur, le monde devenu un spectacle, le langage dégradé par une télévision qui joue le rôle de la machine à décerveler d’Alfred Jarry, cette situation était annoncée par Orwell, Guy Debord, Jean Baudrillart et quelques autres.

Faites donc l’expérience suivante : prenez les sujets de l’épreuve anticipée de français au bac et vous verrez comment l’école est devenue l’enseignement de l’igno-rance, titre d’un ouvrage de Jean-Claude Michéa.

Le lecteur m’aura trouvé bien pessimiste et prétentieux ? Tant pis, je vais finir par quelques histoires drôles. À la maison centrale de Saint-Maur, il y a peu de temps, un détenu a fracassé le crâne de son voisin pour en déguster la cervelle. Nature et sans sel. Il était là pour « actes de barbarie », c’est-à-dire pour une activité analogue, mais qui avait eu lieu dans la rue. Plus récemment, à Caen, un détenu a mangé une partie du cœur et du poumon d’un autre détenu. Subitement, et apparemment sans que rien ne laisse présager une telle attitude. Et souvenez-vous, entre autres, de cet individu jusque-là « normal », qui, à Tours, s’est mis à tirer au hasard dans la rue. Quatre ou cinq morts. Huit morts, dans des conditions comparables, lors d’une réunion du conseil municipal de Nanterre, il y a trois ou quatre ans.

Ce sont des exemples de ces « guerres civiles », sans cause précise apparente, variantes musclées des « incivilités », mais qui sont bien à mettre en relation avec le type de civilisation qui nous est imposée.

Or, c’est par la construction de nouvelles prisons que les gouvernements prétendent mettre fin à ce développement de la barbarie ! L’ennui, c’est que les prévisions économiques, dans ce système dit « libéral », vont toujours vers une restriction des emplois, une augmentation du nombre des oisifs, des paumés de toutes sortes, qui vont précisément alimenter les prisons. C’est donc une affaire qui tourne.

La France devient peu à peu une immense prison (on parle de 100 000 places d’ici à dix ans !). On ne précise pas de quel côté des murs seront les criminels les plus cyniques.

Rolland Hénault

Actus



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