NON AU SNU

NON au Service national universel !
NON à la militarisation de la jeunesse !

Le 15 mars 2019, une vingtaine de pacifistes se sont réunis dans le petit local parisien de l’Union pacifiste pour donner leur opinion sur la mise en place du SNU (Service national universel) et le recrutement, le 4 mars 2019, d’un premier contingent de 3 000 jeunes filles et jeunes garçons.

Rappel des faits

Les pacifistes connaissent tous la promesse d’Emmanuel Macron, candidat à la présiden­ce de la République en 2017, qui demandait le rétablissement d’un service national « encadré par les armées et la gendarmerie nationale ». Il pré­cisait : « Ce service national per­mettra aussi de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobi­lisable complémentaire de la garde nationale. »
Les pacifistes ont lu le rapport du général Daniel Menaoui­ne, responsable, en 2018, du groupe de travail sur le SNU : « …chaque génération doit, autour de sa majorité, prendre conscience des enjeux de la défense et de la sécurité natio­nale, s’approprier les moyens d’en comprendre les outils et discerner le rôle que chacun peut y jouer. »

Le service sera organisé en deux phases majeures :
«  La phase 1, obligatoire après la classe de troisième, entre 15 et 18 ans, comprend un temps de cohésion (quinze jours en hébergement, centrés sur les valeurs, les savoir-faire et savoir-être) et un temps de projet collectif (quinze jours)… La première des filières est celle liée à la défense et à la sécurité nationales entendues dans leur acception la plus large. »
La phase 2 est celle de « l’en­gagement volontaire pour une durée de trois à six mois, avant 25 ans… Cette période pourrait aussi être celle de la préparation militaire ». Tout en insistant sur « l’efficacité souvent démontrée des métho­des militaires de formation », le rapport du général note « qu’une minorité, qu’on espère réduite, rechigne à se soumettre à cette exigence et ne mérite pas qu’on mette en danger l’ensemble du système. » Et le général Menaouine ajoute : « On ne doit pas dissimuler l’am­pleur des oppositions qui, sans doute minoritaires aujourd’hui, pourraient demain concerner, de manière plus significative, les principaux intéressés, c’est-à-dire les jeunes et leurs orga­nisations. » Sachant que des antimilitaristes existent encore en France, le général prévient : « Il est aisé de caricaturer le projet, en méconnaissant ses dimensions novatrices : on pour­rait y voir le simple rétablissement d’un service militaire va­guement “civilianisé”, improvisé, bricolé et reposant sur une critique implicite de la jeunesse par des générations plus âgées, qui n’ont d’ailleurs pas fait de service militaire et peuvent ainsi l’idéaliser, mettant en cause l’absence de valeurs, l’irrespect pour l’autorité ou les institutions, regrettant l’individualisme et appe­lant à la solidarité sans risque puisqu’elle ne concerne pas ceux qui la vantent. »
Les membres de l’Union pacifiste ont été flattés de constater que, par ces propos, le général ne les a pas oubliés ! Ils savent, de plus, que le ministère des Armées n’a pas voulu s’occuper de l’accueil des « appelés » et n’a pas accepté de consacrer une part de son budget à l’organisation du SNU. C’est donc le ministère de l’Éducation nationale, déjà en difficulté, et le secrétaire d’État, Gabriel Attal, qui sont chargés de lancer le dispositif.
Gabriel Attal déclare que le SNU « n’est pas un service militaire » et il ajoute « [le président de la République] a toujours été clair aussi sur le fait que les militaires seront présents dans le SNU. D’ailleurs, l’architecture initiale a, en partie, été construite par le général Me­naouine et son groupe de travail. Les militaires participeront à la formation des encadrants et à une partie de l’encadre­ment ainsi qu’aux interventions, notamment pour les modules défense, résilience ou cohésion en plein air. J’y travaille avec mes collègues Florence Parly, ministre des Armées, et sa secrétaire d’État, Geneviève Darrieussecq, et j’ai rencontré le chef d’état-major des armées, le général Lecointre, pour avan­cer avec lui sur ces sujets. »
Interrogé le 5 mars 2019 par la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Gabriel Attal a dû répondre à des sénatrices et des sénateurs qui s’étonnent que les parlementaires n’aient pas été consultés sur le SNU et qu’ils aient appris par les médias le lancement du SNU. Ils reprochent le flou du projet sur le financement et s’interrogent sur la base légale de l’organisation de la phase-test.
Il s’agit en effet de re­grouper, dès le 16 juin 2019, 3 000 jeunes mineurs, âgés de 16 ans, dans des « maisonnées » situées dans treize départements : les Ardennes, le Cher, la Creuse, l’Eure, la Guyane, les Hautes-Pyrénées, la Haute-Saône, la Loire-Atlantique, le Morbihan, le Nord, le Puy-de-Dôme, le Val-d’Oise, le Vau­cluse. On sait déjà que dans les Ardennes, 150 à 200 jeunes passeront deux semaines au sein du lycée Bazin de Charle­ville-Mézières, des locaux mis à disposition par la Région. Même chose dans le Vauclu­se, où le lycée Pétrarque d’Avignon se tient prêt à ac­cueillir les jeunes volontaires, ou encore dans la Creuse où le lycée des métiers du bâtiment de Felletin leur servira de camp de base. Dans les Hautes-Pyrénées, le lieu d’hébergement sera un centre d’héber­gement de l’association des pupilles de l’enseignement public (Pep) à Artigues.

Réactions au SNU

Les responsables du lan­cement du SNU, civils et militaires, ont choisi d’éviter, dans un premier temps, le terme « obligatoire » et utilisent les méthodes de la publicité pour attirer les jeunes dans leur projet : commencer par une pério­de axée sur le volontariat, faire miroiter des avantages (comme la possibilité d’ob­te­nir le permis de conduire et de se préparer à de nouveaux métiers), offrir une belle plaquette où sont présentées les différentes périodes de l’engagement. Il est intéressant de relever, dans « la première phase de cohésion », les réponses aux questions que les candidats risquent de se poser :
– À quelle heure, je dois me lever ?
– À 6 h 30. La journée débute par le lever des couleurs, cérémonie pendant laquelle on lève le drapeau français et on chante la Marseillaise. »
– Je peux garder mon porta­ble ?
– Il est interdit la journée pendant les activités »,
– Je m’habille comment ?
– Nous allons fournir une tenue que tu pourras conserver.
Pour des raisons de circonstance, la première proposition qui était « un gilet jaune avec le sigle SNU » risque d’être abandonnée !
Il est intéressant de savoir comment ont répondu les jeunes consultés pendant leur « journée défense et citoyenneté » obligatoire : 25 % ont dit qu’ils « n’ont pas du tout envie de faire leur SNU ».
En juin 2018, quatorze orga­nisations de jeunesse se sont opposées à un SNU obligatoire : Animafac, Coexister, Fédé­ration des associations géné­rales étudiantes (Fage), Jets d’encre, Les Jeunes Écologistes, Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), La Mutuelle des étudiants (LMDE), MAG Jeunes LGBT, Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), Promotion et Défense des étudiants (PDE), Syndicat général des lycéens (SGL), Union nationale des étudiants de Fran­ce (Unef), Union natio­nale lycéenne (UNL), Union natio­nale lycéenne – syndicale et démocratique (UNL-SD).
Louis Boyard, président de l’UNL déclare : « On demande que le SNU soit annulé. Ce n’est pas au SNU de nous éduquer ou d’assurer la mixité sociale. C’est à l’école de le faire. On demande que le budget pré­vu pour le SNU, 3 milliards, soit versé aux lycées. »
En septembre 2018, l’historien Bernard Girard consacre au SNU plusieurs articles de son blog sur Médiapart. Ils ont pour titre : « SNU : surveiller et soumettre », « Un projet qui vise les plus jeunes toujours plus jeunes ». Il remarque : « Le recours à la désobéissance civile ! Un peu lourd à porter, quand même, quand on n’a que 15 ou 16 ans » et enfin : « Boycottons le Service natio­nal universel ».
En décembre 2018, la Libre-Pensée publiait un docu­ment très complet sous le titre : « Le Service national universel ou les nouveaux chan­tiers de jeunesse », faisant référence à l’époque sombre de la Collaboration. On peut lire : « Il s’agit en fait d’imbiber la société par le militaire. C’est la discipline des cons­cien­ces qui est recherchée… Dès 15 ans, on va ainsi “bourrer le crâne” des enfants sur la question de la Défense na­tio­nale au sein de l’école publi­que… On va donc faire intervenir des militaires, des gendarmes, des Anciens Combat­tants, des réservistes de tout poil qui vont parler de la Patrie et de la Défense nationale (nom pudique d’aujourd’hui pour ne pas dire « de la guerre »). Que devient la liber­té de cons­cience de celui ou de celle qui se moque com­me de sa première chemise de la cohésion nationale ? »
En 2019, quelques journaux pour la jeunesse et, particulièrement pour les jeunes filles, présentent le SNU et s’interrogent sur le contenu de la formation. En février 2019, le numéro d’Alternative libertaire est plus radical : « Macron veut soumettre la jeunesse… Le service national qu’il soit militaire ou non est une privation de liberté. »

Position de l’Union pacifiste

Les membres de l’Union Pacifiste se sont réunis le 15 mars 2019, à Paris, avec des membres d’associations, de syndicats, de mouvements de jeunesse, de partis politiques, d’organisations laïques, pédagogiques ou écologis­tes, avec des historiens, des journalistes et des écrivains afin de définir une position commune.
Chacun s’est exprimé sur son interprétation du Service national universel au regard de ses connaissances de l’engagement civique ou de ses expériences du refus du ser­vice militaire.

Les points suivants ont été soulevés

- L’âge précoce du recrutement qui facilite le « bourrage de crâne ». Le rapport du général Ménaouine mentionnait déjà : « La difficulté est que l’état actuel du droit constitutionnel semble interdire à l’État de se voir reconnaître par la loi le droit d’imposer une obligation de séjour durant un mois et d’activités ultérieures à l’ensemble d’une classe d’âge… L’État ne peut mobiliser la population qu’aux fins de la Défense nationale. »
- La qualité des encadrants formés par des militaires qui appliqueront des méthodes en cours dans l’armée.
- L’existence du Service civil international et du Service civique français qui ont donné toute satisfaction à la jeu­nesse, qui se sont développés et qui peuvent assurer la mission de « cohésion sociale » mieux que le SNU.
Tous les participants ont souligné l’inutilité du SNU. Certains pensent déjà que ce projet sera un échec, mais tous ont l’intention d’œuvrer avec l’Union pacifiste pour le refus du SNU. Après un échan­ge sur le terme « Objection », l’assemblée a décidé de proposer le communiqué suivant :

APPEL POUR LE REFUS DU SERVICE NATIONAL UNIVERSEL
Après la réunion du 15 mars 2019, à Paris, l’Union pacifiste de France (UPF), qui a toujours cherché à protéger la jeunesse contre la militarisation des esprits, s’oppose à la mise en place du Service national universel (SNU).
L’UPF dénonce cette disposition du gouvernement français, qui sera appliquée dès l’été 2019 et qui ne comporte même pas le droit inaliénable à l’objection de conscience.
En 1962, Louis Lecoin, âgé de 74 ans, risquait sa vie dans une longue grève de la faim et obtenait du général de Gaulle le droit à l’objection de conscience au service militaire.
En 2019, face au retour des dangers du nationalisme, de la discipline militaire et de la soumission, l’UPF demande que le Service national universel soit abandonné ou à défaut qu’il garantisse le droit à l’objection de conscience.
Les jeunes, filles et garçons, sont menacés par la militarisation de la société. À chacune et à chacun de les informer et de les défendre.