Hommage aux « fusillés pour l’exemple » de la guerre 14-18

PLUS DE 500- PERSONNES, venues de toute la France et de Belgique, se sont rassemblées à Chauny, dans l’Aisne, le 6 avril, pour l’inauguration d’un monument en hommage aux « fusillés pour l’exemple ». Il s’agissait aussi de demander leur réhabilitation collective et de proclamer : « plus jamais la guerre ! » Ces hommes ont été victimes d’une des plus grandes injustices de l’Histoire, et leur assassinat par la France a été une absurdité qui s’ajoute à celle de la guerre.
Rappelons qu’entre les deux guerres mondiales diverses actions et procès ont eu lieu, avec le Comité pour la réhabilitation des fusillés, présidé par Blanche Maupas, qui a réussi, par sa ténacité et sa persévérance, en dix-neuf ans, à faire réhabiliter son mari et ses compagnons. Elle était soutenue par la Ligue des droits de l’homme et la Ligue internationale des combattants de la paix. Rappelons aussi qu’en 2007, à l’initiative de la Libre-Pensée, s’est créé un collectif pour la réhabilita- tion des « fusillés pour l’exemple », auquel participe l’Union pacifiste.
Le matin du 6 avril, à Chauny, le maire, Marcel Lalonde, a prononcé un discours qui restera dans les mémoires et que nous n’avons pas l’habitude d’entendre de la part d’officiels. « Nous avons agi pour les honorer, ces hommes, et pour une mémoire juste. Peut-on condamner des hommes épuisés à qui le commandement avait déjà trop deman- dé ? La Constitution de 1793 a proclamé : “Lorsque les gouvernements violent les droits de peuples, l’insurrection n’est pas seulement un droit, mais un devoir.” Ils ont réagi en humains. “Rien d’audacieux n’existe sans la dé-sobéissance aux règles”, a dit Jean Cocteau. Leur désobéissance a été un acte courageux. »
Un vin d’honneur était offert par la municipalité dans le parc.
L’après-midi était consacré à un hommage militant, orchestré par Nicole Aurigny, présidente de l’Association pour l’érection d’un monument des fusillés et de la Libre- Pensée de l’Aisne : « Aujourd’hui, nous, citoyens de la République, réhabilitons solennellement et moralement tous les “fusillés pour l’exemple” ce monument qui inscrit dans la pierre leur tragédie va rester pour nous tous un appel à lutter pour leur réhabilitation officielle. »
Ensemble, nous avons chan- té la Chanson de Craone.

Les intervenants

Pierre Roy, de la Fédération nationale laïque des monuments pacifistes, historien, a rappelé la situation en 14-18. Liliane Rehby pour l’Association républicaine des anciens combattants a sou- ligné le rôle de l’ARAC pour les réhabilitations. Intervenant pour l’Union pacifiste j’ai dénoncé les profiteurs de guerre et le Service national universel. Gilles Manceron, historien de la Ligue des droits de l’homme, a retracé le combat pour la réhabilitation, qui avait débuté avant même la fin de la guerre. Michèle Marchioli pour le Mouvement de la paix a insisté sur l’importance de la culture de paix. Puis, vinrent Yves Verrier, secrétaire général de Force ouvrière, Pierre Outteryck de l’Institut d’histoire sociale de la CGT. Christian Eyschen, vice-président national de la Libre-Pensée, concluait : revenant sur l’historique du combat pour la ré- habilitation, il a demandé que, au nom de la Libre-Pensée, après cette réhabilitation morale de tous les fusillés, nous écrivions à tous les députés pour qu’ils se prononcent sur une réhabilitation officielle. « Ce rassemblement est un cri de révolte et d’espoir. Non à la mort, non à la guerre, non à la barbarie militariste ! Plus jamais la guerre ni la barbarie ! »

Maurice Montet