Service national universel
SNU : Un service aux accents militaires

Quand les jeunes dérangent le gouvernement, le pouvoir sait les mater :
- 6 décembre 2018, Mantes-la Jolie : des dizaines d’élèves à genoux, les mains croisées derrière la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques, de boucliers et qui se moquent d’eux.
- 21 juin 2019, Nantes, Fête de la Musique : des jeunes qui dansent et s’amusent sont gazés et matraqués par les CRS. Plusieurs tombent dans la Loire. Le jeune Steve est retrouvé noyé.
- 28 juin 2019, Paris, Pont Sully : 300 activistes non violents, plutôt jeunes, qui dénoncent l’inaction de l’État face au dérèglement climatique reçoivent du gaz lacrymogène dans les yeux, des coups de matraques et sont injuriés.
Dresser et soumettre ces jeunes pleins de vie, parfois rebelles, avec des méthodes militaires, est-ce l’objectif du SNU ? L’histoire nous enseigne que les régimes autoritaires ont toujours tenté de manipuler les jeunes pour les formater.

La mise en scène militaire du SNU

Du 16 au 28 juin 2019, 2 000 adolescents volontaires ont suivi « la phase de cohésion » du SNU dans 13 établissements scolaires de France. Les images transmises par la communication du pouvoir, et largement reprises par les médias, ont montré des jeunes filles et garçons sagement alignés, en formation militaire, dans une cour d’école. Uniformisés grâce à leur tenue, ils lèvent le drapeau et chantent la Marseillaise. Malgré l’élément de langage : « Ceci n’est pas un service militaire », les images trahissent les intentions du gouvernement. Il s’agit bien d’encadrer les jeunes et de les faire rentrer dans le rang pour les préparer au service militaire.
La discipline imposée à des jeunes encore fragiles, par des tuteurs formés dans des casernes, a provoqué, dès le deuxième jour, un couac filmé par la télévision : exposés sous un soleil de plomb pendant plusieurs heures pour assister à une cérémonie du 18 juin à Évreux, plusieurs adolescents ont fait des malaises et ont dû être sortis du rang sous l’œil des caméras.
À l’issue de cette première partie du SNU, des volontaires ont témoigné. Paris Normandie raconte le séjour de jeunes de l’Eure, qui ont été affectés en Guyane : « Nous avons dormi une nuit en forêt, dans les conditions d’une mission militaire, c’est-à-dire dans un hamac et avec des rations de combat… Ils nous ont fait passer notre Journée défense et citoyenneté (JDC) et Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, est venu nous rendre visite pendant trois jours… Toute l’armée est venue se présenter : terre, air, mer. Nous avons vu des sapeurs-pompiers, des gendarmes, la police et la protection civile. Et nous sommes allés voir les légionnaires… L’expérimentation était encadrée par des militaires, des retraités de cette profession, des gendarmes, des policiers, des personnes de l’Éducation nationale. La discipline était donc de rigueur. »
Europe 1 a suivi la session à Artigues (Hautes-Pyrénées) : « Un jeune a été exclu pour s’être battu. Trois autres ont subi la même sanction dans les autres départements-test. Les jeunes qui sont là ont signé un règlement intérieur, où pendant deux semaines ils s’engageaient à ne pas toucher à leur téléphone portable, ni à fumer, souligne une encadrante. Un jeune qui n’est pas prêt à un règlement comme celui-ci, il faudra envisager un autre moyen... Si ça devient obligatoire, il y aura des gens qui ne seront pas contents, qui viendront pour foutre la merde ! renchérit un participant convaincu. Alors que nous on est volontaires, on a envie de faire ça. On vient dans une optique d’être calmes et respectueux. »
France Info a interrogé une volontaire du Val d’Oise et un encadrant qui raconte un incident survenu pendant le SNU : les encadrants « ont fait une soirée et ils ont réveillé tout le monde avec une alarme incendie. Ils ont jeté des fumigènes et ont simulé une fusillade. Un tuteur précise que plusieurs jeunes ont perdu connaissance, d’autres ont fait des malaises et crises de panique. Selon une volontaire, une fille de sa chambre a même fait une crise d’épilepsie. Les jeunes auraient aussi subi de petites humiliations d’un cadre particulier : Il faisait peur à tout le monde ! affirme un volontaire. »
Dans un article d’Alternatives économiques le journaliste conclut : « À l’évidence, le caractère militaire est affirmé : organisation du temps, encadrement, vocabulaire, uniforme… »

Les dénonciations du SNU

L’Union pacifiste a pris une position claire contre le SNU. Dès le mois de mars 2019, un communiqué qui dénonce la militarisation de la jeunesse est publié. Des associations de lycéens et d’étudiants ainsi que la Libre Pensée ont aussi affirmé leur opposition au SNU. Au mois de mai 2019, une trentaine de représentants d’associations, de syndicats et de mouvements de jeunesse se sont réunis pour préparer la constitution d’un collectif « NON au SNU ! » Lors de son congrès du 29 juin, l’Union pacifiste a publié un nouveau communiqué.
Après la première phase du SNU l’Union pacifiste a recensé et archivé sur sa page Facebook de nouvelles réactions :
« Le caractère très militarisé et l’idée que le SNU devienne obligatoire ne laissent présager rien de bien. L’engagement ne se décrète pas, ne s’impose pas ! » écrit Olivier Blanc, dans la Lettre d’informations pour l’éducation à l’environnement.
« Pour faire connaître la vie en collectivité et ses règles, les valeurs de la République, le civisme, nul besoin de passer par les codes militaires ou l’aboiement de pseudo-caporaux-chefs en mal d’autoritarisme. » précisent Rodrigo Arenas et Carla Dugault, co-présidents de la FCPE, dans Le Journal du Dimanche. Ils ajoutent : « Au lieu du service militaire "light", la FCPE propose que chaque enfant puisse bénéficier gratuitement, comme c’est le cas pour le SNU, d’une classe de découverte ou d’une colonie de vacances. »
La journaliste Louise Tourret déclare sur le site Slate.fr : « Cette mise en scène ne correspond pas à l’éducation que je souhaite pour mes enfants. » Elle réclame un droit d’objection de conscience parental. Elle précise : « Tout ce qui transpire de ce SNU tourne le dos à ce que nous a appris l’éducation depuis plus d’un siècle : penser par soi-même et collaborer. »
Le syndicat Sgen-cfdt communique : « Dans les préfigurations de la première phase en internat, le SNU se révèle trop proche d’un modèle militaire et risque de s’avérer inefficace voire contre-productif par rapport aux objectifs affichés. »
Sur la page Facebook de l’Union pacifiste est réclamé par S. : « Un droit FAMILIAL à l’objection de conscience ! » Il ajoute : « Et s’il faut tout recommencer, à nouveau être dans l’illégalité pour combattre cette merde qu’est le SNU, comme on a combattu le Service National Obligatoire, alors nous le serons ! Mes enfants n’iront pas ! ».
C. précise : « Réveiller les nationalismes, les consciences militaires... C’était le chemin pris par la France avant la Première Guerre mondiale. »
Au cours de son 78e Congrès à Amiens, en juin 2019, la Fédération anarchiste publie une motion : « NON, le Service national universel ne passera pas ! »
Si cette année le gouvernement a pu convaincre 2 000 adolescents volontaires pour participer au SNU, il a l’intention d’en recruter 40 000 l’année prochaine. Alors pour contrer des réactions négatives le pouvoir accentue sa propagande.

La grande manipulation des jeunes

Le gouvernement ne lésine pas sur les moyens de propagande pour faire la promotion du SNU. Pendant la phase pilote la chaîne de télévision LCP et le compte Instagram de France Télévision ont été réquisitionnés pour diffuser le programme « Mon SNU » dans lequel de jeunes volontaires racontent au jour le jour leur expérience, toujours positive, naturellement !
Les journalistes de la presse locale, écrite et audiovisuelle, ont été invités à rendre compte des multiples visites de Gabriel Attal, accompagné des autorités territoriales et militaires, dans les différents lieux où les jeunes du SNU pratiquent des activités. Les images du grand drapeau tricolore, déployé par les jeunes du SNU dans la parade militaire du 14 Juillet 2019, complètent le tableau de la stratégie de communication dirigée par le pouvoir.
De plus, le gouvernement a passé commande à des « influenceurs » sur les réseaux sociaux, pour renforcer la publicité du SNU : à Enzotaistoi, un million d’abonnés sur Youtube, à SundyJules, un million d’abonnés sur Instagram et à TiboinShape, six millions d’abonnés sur Youtube. Ils ont été payés pour s’adresser aux jeunes connectés. Mais cette fois la propagande a dérapé.
En effet, la vidéo du musculeux youtubeur TiboinShape, Thibaud Delapart, de son vrai nom, intitulé Je fais le nouveau service militaire ? (sic), a provoqué des réactions négatives. Habitué des vidéos en immersion au sein de la police, des gardiens de prison et de l’armée, Tibo a été invité par Gabriel Attal en Guyane, pour faire un reportage sur les jeunes venus de Métropole et plongés dans la « jungle ». Tee-shirt blanc siglé SNU sur les épaules, il expose, durant 24 minutes, son expérience au sein d’une compagnie de volontaires : parcours du combattant dans la boue, rencontre avec des animaux exotiques et dangereux, dodo dans la jungle dans des hamacs, interviews avec des participants fans de ses vidéos, des encadrants et même de Gabriel Attal en décor naturel qui déclare à l’adresse des internautes : « On compte sur vous pour vous porter candidat. ». Tibo enthousiaste conclut : « C’était super cool, c’est que du positif ! »
La mise en ligne de cette vidéo, le 12 juillet 2019, provoque des réactions amusantes :
-  Nina : « T’as pas honte de jouer avec la naïveté de ton jeune public ? »
-  Jérémy : « alors les 20 000 € du ministère de la Justice pour ta vidéo c’est pas mal ? »
-  Brogan : « Tibo tes viewers sont typiquement la cible du gouvernement avec le snu. Il aurait été de bon ton d’éviter de faire de la politique auprès d un public non politisé et influençable… »
-  Stony : « Des influenceurs payés pour rameuter leurs communautés à la cause de l’État, si ça c’est pas du bourrage de crâne ! »
-  Eytan : « En fait tu nous le vends comme si c’était du rêve ! Tu aurais pu dire que tu avais été acheté pour faire cette vidéo ! ! »
-  Samuel : « Que Macron commence par faire son service militaire lui qui ne l’a jamais fait. »
-  Horusisonne : « Macron paye cette chaîne pour vous enfumer... Manipuler les jeunes abonnés, quelle honte ! »
Un journaliste de Télérama fait remarquer que ce partenariat fait l’objet d’une rémunération qui n’est signalée nulle part comme la loi l’exige. « Toute publicité, sous quelque forme que ce soit, accessible par un [site], doit pouvoir être clairement identifiée comme telle. Elle doit rendre clairement identifiable la personne physique ou morale pour le compte de laquelle elle est réalisée »
Cette propagande rappelle le slogan de l’armée : « Engagez-vous, rengagez-vous… »

Le piège tendu aux associations

Pour faire accepter le SNU par le plus grand nombre, Gabriel Attal a besoin des associations. Souvent en difficultés financières celles-ci pensent pourvoir profiter du SNU pour se refaire une santé. Sans prendre en compte le véritable objectif du SNU et sans trop se soucier de l’avenir des adolescents dont ils ont la charge, les présidents d’une vingtaine d’associations ont signé dès le 4 juin des conventions de partenariat avec le secrétaire d’État.
B. Girard en publie la liste sur son blog de Médiapart. On note parmi celles-ci : la Ligue de l’enseignement, l’UCPA, la Fédération Léo Lagrange, France Télévision…
On apprend en juillet que le HCVA (Haut Conseil à la vie associative) déclare qu’à ses yeux « les associations auront une mission importante à développer auprès des jeunes durant la période obligatoire du Service national universel. »
La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) a signé une convention de participation au SNU avec le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse et celui de la Transition écologique et solidaire.
Les Scouts et Guides de France ont accueilli Gabriel Attal à leur « jamboree » qui a réuni 20 000 jeunes. Marie Mullet-Abrassart, présidente de l’association, déclare à Libération : « Avec notre connaissance des méthodes éducatives responsabilisantes et de l’engagement, nous avons quelque chose à apporter. Et nous serions heureux de le faire. »
Par contre Maud déclare sur la page Facebook de l’UP : « Je suis contre le SNU, du fait de l’aspect militarisation effectivement, et surtout à cause de la notion d’engagement obligatoire. Nous essayons de porter cette position dans mon association, qui n’a pas pris position officiellement encore. »
Face à la propagande massive du gouvernement les forces d’opposition sont encore insuffisantes. Nous avons donc besoin de toutes les bonnes volontés pour dire NON au SNU ! Avec le journal, la radio, notre site, notre page Facebook… nous tiendrons nos amis informés des propositions d’actions que nous avons l’intention d’entreprendre dès l’automne.

Bernard Baissat