Au secours de Jeju do
Article mis en ligne le 28 mars 2012
dernière modification le 24 octobre 2013
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Fin février 2012, j’ai participé à une conférence internationale pacifiste dans le village de Gangjeong, vieux de quatre cent cinquante ans, sur l’île de Jeju do (Corée du Sud). J’y représentais le réseau mondial contre les armes nucléaires et l’énergie nucléaire dans l’espace.

La marine de guerre sud-coréenne, sous la pression de celle des États-Unis, projette de construire une base navale dans ce village de la côte sud. Depuis quatre ans, les villageois se battent contre cette décision, tant par des moyens politiques et légaux que par des actions de résistance à chaque étape de l’avancement du projet. La Marine, avec ses contractants, les conglomérats Samsung et Daelim, a fait main basse sur les propriétés des habitants, abattu les arbres, démoli les cabanes, construit des kilomètres de murs d’enceinte pour empêcher les vues ou l’accès depuis le village jusqu’au lieu dit Guroembi (leur ancien lieu de repos et de recueillement).

Les gens résistent. Quand ils ne peuvent plus aller à pied sur le rocher de Guroembi, ils y vont en kayak. Quand les kayaks sont bloqués, ils y vont à la nage. C’était émouvant d’assister à la passion et l’amour de ces personnes pour leur bien-aimé Guroembi. Jeju est une île volcanique, et il s’y trouve beaucoup de formations rocheuses, mais Guroembi est un site unique. Ces rochers vivants disposent de sources fraîches issues de nappes souterraines ; des récifs de corail dont la barrière s’étend à proximité colorient magnifiquement ce paysage tropical ; attention aux crabes rouges qui se nourrissent sur ces rochers ! Cet écosystème et les villageois - pêcheurs et plongeuses, amoureux de la nature - n’ont pas le droit de s’exprimer sur ces décisions de creuser Guroembi et d’y couler du béton pour une base navale. Ils s’étaient organisés depuis des années pour construire leur communauté, pour changer les cœurs et les esprits des décideurs et pour empêcher la destruction de leur village.

Leur lutte n’est pas seulement pour la protection des richesses naturelles ; ils ont aussi un engagement noble et passionné pour un processus démocratique. L’injustice du diktat de la Marine visant à confisquer les terres et à exposer une île aux caprices de la guerre du xxie siècle, constitue un contrôle inacceptable sur la vie des personnes. Ces gens refusent un acquiescement muet à cette atrocité. Samsung et la Marine ont apporté du continent des nuées de policiers antiémeute pour malmener et arrêter les villageois non collaborants, pour bloquer les accès à la mer et au littoral (violant un droit coutumier en usage depuis des siècles). Indignés, les habitants persistent, continuant à travailler toutes les pistes possibles pour sauver Guroembi.

Pendant ce court séjour à Jeju do, notre délégation internationale a pu entrevoir la détermination et la créati­vité que les villageois ont déployées depuis plusieurs années. Nous avons vu des vidéos impartiales de Gangjeong, avec des villageois et des militants arrêtés pour s’être couchés devant les roues des camions « toupies à béton », des grues, des machines à forer des trous profonds au cœur du rocher de Guroembi. À peine sortis de prison, les villageois bloquaient de nouveau les routes avec leurs corps.

Bien que la péninsule coréenne dispose d’une multitude d’installations militaires, jusqu’à présent l’île de Jeju do avait été épargnée par cette fatalité. La campagne de relations publiques proclame que cette nouvelle base navale sera duale (civile et militaire), insultant l’intelligence de chacun en produisant des illustrations avec, d’un côté du quai, un énorme bateau pour croisières de luxe, une femme en minijupe se pavanant sur le pont supérieur, et, de l’autre côté du quai, deux sous-marins et, amarré à la jetée voisine, un destroyer. Qui a payé pour des images aussi fantasques ?

En fait, cette base est destinée à abriter des sous-marins nucléaires américains, des destroyers de type Aegis (construits dans ma ville de Bath, État du Maine) et des porte-avions. Fondés sur le pacte de défense mutuelle et le statut des forces armées d’occupation, les États-Unis ont le droit d’utiliser n’importe quel port ou aérodrome de Corée du Sud. Le président Barack Obama a déclaré que c’était le pivot militaire américain en Asie, dans la compétition continuelle avec la Chine, pour le pétrole mondial, le gaz et les minerais. Il est vrai que les États-Unis assurent déjà une énorme présence militaire dans la région Asie-Pacifique, et qu’ils ont pour but avoué la domination militaire partout dans le monde, pour protéger « intérêts et investissements américains ». Une base militaire à Gangjeong fera de l’île de Jeju do une cible dans le jeu de guerre et les manœuvres régulièrement effectuées au large des côtes de la Chine. Les villageois ont raison en résistant à cette rupture dangereuse de leur mode de vie.

L’île coréenne de Jeju do a été trois fois reconnue par l’Unesco :

1 comme site du patrimoine mondial ;

2 comme zone de réserve protégée pour sa faune et sa flore ;

3 comme parc géologique naturel.

Elle forme une région désignée par le gouvernement comme « réserve naturelle absolue ». Elle se caractérise par des formations rocheuses uniques, des terres de cultures fertiles et abondantes, des eaux de mer fraîches et primitives et une vie maritime en danger. En tant que citoyens du monde, nous devons tous honorer les populations de Gangjeong qui donnent leur vie pour cette lutte du xxie siècle.

Enfin, le professeur Yang Yoon-Mo a récemment été conduit pour cinquante-six jours à la prison de Jeju city. Il a été emprisonné pour la deuxième fois dans l’année pour avoir bloqué de son corps les norias de camions à béton. La première fois, il a fait une grève de la faim de soixante-dix jours. Depuis sa nouvelle arrestation, en janvier, il a commencé une autre grève de la faim et il en était à sa quatrième semaine, le 4 mars dernier. J’ai pu lui rendre visite dans sa cellule avant de quitter l’île. Je ne saurais jamais exprimer l’émotion d’avoir pu entendre un homme si gentil et exemplaire s’expliquer aussi clairement : « Si Guroembi vit, je vis ; si Guroembi meurt, je meurs. Ne pleurez pas pour moi, pleurez pour les générations futures qui ne pourront pas être en mesure de connaître la beauté de Guroembi. »

Je vous demande avec insistance de participer à cette action de soutien. Au moment où je vous écris, la Marine a prévu de commencer à faire exploser les rochers de Guroembi. Sauvez Yang Yoon-Mo.

Mary Beth Sullivan

Messages de protestations

Faites pression tout spécialement sur le gouverneur de l’île pour empêcher la destruction des rochers de Guroembi !

Que sa boîte électronique soit bloquée par vos courriels ! Montrons-lui que le monde entier le regarde

et qu’il est indispensable d’arrêter la démolition du village et le chantier de la base navale !

Pour rester informés de la situation, il existe deux pages en anglais sur Facebook : Save Jeju Island ; No Naval Base on Jeju. Que chacune et chacun sauve la vie et la paix de ce village de Gangjeong !

Forum
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Au secours de Jeju do
Julien - le 19 novembre 2014

Un petit clin d’oeuil ;) j’était aussi à cette conf

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