Anarchisme non-violent et pacifisme libertaire, Sebastian KALICHA.

Anarchisme non-violent. À l’heure où les médias répètent à longueur d’antenne que les black blocs sont des anarchistes et les anarchistes des black blocs, il est bon de rappeler certaines vérités. L’anar­chisme, ce n’est pas que la bande à Bonnot, les black blocs et autres méchants qui manient les cocktails Molotov plus vite que leur ombre. Ce n’est sans doute pas l’envie qui leur manque, mais leur ca­pacité d’analyse leur a montré que, la plupart du temps, la violence mène à une im­passe.
La vraie révolution est sans doute la non-violence, la cons­truction d’une société de solidarité, d’entraide. Mais c’est moins médiatique de parler des multiples expériences en cours, qui vont des coopératives bios aux librairies alternatives, en passant par les multiples solidarités en acte. C’est bien moins attrayant, moins ven­deurs que les vitrines de ban­que explosées. Et d’ailleurs, à propos d’explosions, les LBD (pour lanceur de balles de défense), qui est-ce qui les tire ?
Bon, revenons au livre. Il est construit en trois parties. Une première, théorique, qui aborde les principes, la phi­losophie de l’anarchisme non-violent et précise un certain nombre de termes. Pour ma part, le qualificatif de pacifiste libertaire me va bien, car un mouvement non-violent sous-entend souvent une prise de position politicienne pas forcément libertaire. La conquête du pouvoir, fût-elle non-violente, n’implique pas forcément la disparition de l’État, notion clé pour un monde li­bertaire.
Dans la deuxième partie, l’auteur nous donne plus de cinquante courtes biographies d’auteurs non-violents, libertaires ou proches de ces idées à un moment de leur vie. Certains sont très connus (Al­bert Camus, Henry David Tho­reau par exemple), et d’autres ne sont connus que par les initiés à cette non-violence teintée d’anarchisme (et vice-versa). La troisième partie, un peu sur le même modèle, nous fait connaître des organisations qui ont tenté, et tentent encore pour certaines, com­me l’IRG (Internationale des résistants à la guerre) de mettre en pratique un militantisme radical et non-violent pour un monde de paix, ici et maintenant.
Cette balade internatio­nale passe aussi, bien entendu, par la revue Anarchisme et Non-Violence, dont un portrait est dressé à la fin du livre. Cette revue a disparu en 1974 et a trouvé un prolongement dans la revue allemande Graswurzelrevolution.
Un site existe, alimenté ré­gulièrement : anarchismenon­violence2.org
Pour terminer ces lignes, le plus simple me semble de donner la parole à quelques « vérités anarchistes, non-violentes, pacifistes » qui méri­teraient un meilleur sort que l’oubli, l’ignorance, ou le mé­pris dans lesquels nos élites militarisées les tiennent inlas­sablement.

p. 96 : « L’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouverne­ment ; c’est la paix sans la violence. » Hem Day

p. 101 : « Si les armes servent à faire la révolution, elles servent aussi à l’étouffer ou à l’empêcher. » Amparo Poch y Gascón

p. 143 : « La guerre ne sau­rait disparaître qu’avec l’État lui-même, car “la guerre est une fonction de l’État”. » Geoffrey Ostergaard
p. 166 : « Je suis ici pour changer le monde, et si tel n’est pas le cas, c’est que je suis probablement en train de perdre mon temps. » Utah Philipps
Et pour terminer, comme je n’ai pas pour usage de cacher mes préférences derrière les touches de mon clavier, je cite les mots de Sebastian Kalicha à propos du pacifisme libertaire :
p. 36 : « Le pacifisme libertaire s’efforce donc d’instaurer la paix par la justice socia­le, laquelle ne peut être attein­te que par des moyens révolutionnaires, et non pas réfor­mistes : pas de paix sans justice. »

PS : pour être complet, ce livre a été publié en langue allemande, en 2017, par Ver­lag Graswurzelrevolution, sous le titre Gewaltfreier Anar­chis­mus & Anarchistischer Pazifis­mus.
Jean-Michel Lacroûte